Ardian joue la fuite en avant chez Inovie
Adossé à Ardian, le troisième réseau français de laboratoires vient encore de s’offrir Biolab 33 en Gironde. Avec plus de 2 milliards de dette à refinancer d’ici 2027, l’appétit tourne au pari.
- Ce qu’il faut retenir. Il y a quelques jours, Inovie a pris le contrôle de Biolab 33, un réseau de dix-huit centres étirés de la métropole bordelaise au bassin d’Arcachon et jusqu’à Pauillac. La cible emploie 170 personnes dont 18 biologistes et a dégagé l’an dernier 3,9 millions d’euros de résultat d’exploitation pour 24,1 millions de chiffre d’affaires. Ses associés, conseillés par Edmond de Rothschild Corporate Finance, ont cédé la majorité, tout en restant au capital. Cette emplette suit celle de Novabio, référence périgourdine qui affiche 36,7 millions d’euros de revenus, et celle de Barla dans les Alpes-Maritimes. Le groupe montpelliérain, qui aligne désormais quelque 700 laboratoires et plus de 7 000 salariés pour un milliard d’euros de chiffre d’affaires, n’a jamais cessé d’acheter depuis l’arrivée d’Ardian. L’opération la plus lourde reste Bioclinic en 2022, une centaine de sites franciliens payés autour de 500 millions d’euros.
- Pourquoi c’est important. Le 20 avril dernier, Fitch a abaissé la perspective d’Inovie à négative, tout en maintenant sa note B, loin sous la catégorie investissement. L’agence de notation a mesuré un levier de 8,2 fois l’Ebitda ajusté des loyers à fin 2025, là où elle attendait 7,8 fois, et un flux de trésorerie libre réduit à quelques pourcents du chiffre d’affaires. Surtout, l’horloge tourne désormais. Le crédit renouvelable, tiré à hauteur de 153 millions d’euros sur 175, arrive à échéance en septembre 2027 et le prêt à terme de 1,97 milliard se termine en mars 2028. Fitch exige un refinancement bouclé avant la fin du premier trimestre 2027 et prévient qu’un Ebitda poussif conduirait à une dégradation sous douze mois. Moody’s, qui a donné une note B3, redoute, elle aussi, de nouvelles acquisitions financées par emprunt. Le gel tarifaire obtenu de l’Assurance maladie en décembre 2024 expire fin 2026 et la négociation du prochain protocole triennal s’annonce rugueuse. Ardian, entré en 2020 avec GIC, Mubadala et APG sur une valorisation supérieure à 1,5 milliard d’euros, se retrouve dans une position inconfortable. Le fonds a tenté de vendre en 2024 autour de 3 milliards sans trouver preneur et cherche toujours la sortie.
- Entre les lignes. Le secteur sait pourtant où mène l’excès de levier. Cerba HealthCare, numéro deux français derrière Biogroup, a demandé le 3 septembre l’ouverture d’une conciliation devant le tribunal des activités économiques de Nanterre pour traiter près de 5 milliards d’euros de dette, héritage du LBO conclu par EQT en 2021 au sommet de la vague Covid. Le groupe estime devoir effacer la moitié de ce passif, soit plus de 2 milliards d’euros demandés aux créanciers.