Alpine vaut 3,9 milliards d’euros… et la Bourse ne l’a pas encore vu
Des offres valorisent l’écurie de Formule 1 de Renault à 3,9 milliards d’euros. De quoi éclairer d’un jour nouveau une capitalisation boursière de 8 milliards, plombée par les vendeurs à découvert.
- Ce qui se prépare chez Alpine. En septembre 2023, Otro Capital avait réuni un consortium bigarré, où Ryan Reynolds côtoyait RedBird et quelques stars du sport américain, pour mettre 180 millions d’euros sur la table et prendre 24 % d’Alpine Racing. L’écurie valait alors environ 780 millions d’euros. Trois ans plus tard, le fonds new-yorkais d’Alec Scheiner a présenté à ses investisseurs les quatre offres reçues pour cette participation. Elles valorisent Alpine entre 3 et 3,9 milliards d’euros. Les candidats sont des fonds américains et des grandes fortunes, dont Steve Cohen, propriétaire des Mets de New York. Au prix le plus haut, Otro récupérerait près de cinq fois sa mise. Renault, qui a perdu son droit de veto, conserve quelques armes dans le pacte d’actionnaires, à commencer par la faculté d’écarter jusqu’à trois acquéreurs. François Provost, qui suit le dossier en direct, avait voulu imposer Mercedes au printemps, mais le motoriste allemand plafonnait son évaluation à 2,1 milliards d’euros et s’est retiré en juin. Renault a depuis évoqué un rachat en direct des parts d’Otro, en dessous de 2,6 milliards, avant de les replacer auprès d’un partenaire de son choix.
- Quel impact pour Renault ? Si l’on retient les offres les plus hautes, les 76 % conservés par Renault représentent plus de 2,7 milliards d’euros, soit plus d’un tiers de la capitalisation boursière du groupe, qui tourne autour de 8,1 milliards à 27,60 euros l’action. Oddo BHF, qui vise 50 euros, reconnaît ne rien attribuer à Alpine F1 dans sa somme des parties. L’écurie, qui a renoué avec les bénéfices en 2025 sur un chiffre d’affaires de 340 millions d’euros, et qui s’apprête à courir sous les couleurs de Gucci en 2027, est donc une valeur cachée au sens propre. Ajoutée au Losange, elle rapprocherait la valeur boursière de Renault des 11,2 milliards d’euros de Stellantis, un groupe qui vend près de trois fois plus de véhicules.
- En coulisses. Si l’action Renault ne réagit pas à la hausse, c’est en partie à cause des vendeurs à découvert. Les positions courtes déclarées sur Renault atteignaient 11,31 % du capital le 19 octobre, contre 2 % un an plus tôt. La progression a été presque ininterrompue depuis le printemps. Marshall Wace est en tête avec 2,4 %, suivi des deux entités de Citadel, qui cumulent 4,2 %, puis des trois véhicules de BlackRock, qui dépassent ensemble 2,8 %. D.E. Shaw, AQR et Arrowstreet complètent la liste. Tant que ces positions ne seront pas rachetées, chaque bonne nouvelle sera absorbée par un flux vendeur. Mais un vendeur à découvert finit toujours par devoir racheter. Le jour où Otro signera, les 11 % de capital empruntés pourraient devenir le meilleur carburant de la remontée du titre.