Nicolas Houzé :
"J’ai fait mien le conseil de mon père Philippe : le pouvoir ne se donne pas, il se prend."
Le Parisien au réveil, Les Échos et le Figaro le soir, L’Équipe en toile de fond et RTL en voiture. Entre veille économique et vrai plaisir de lecture, le rituel millimétré de Nicolas Houzé, le Directeur général des Galeries Lafayette… un patron connecté, sans être esclave de son écran.
Vous réveillez-vous avec le bip-bip du réveil, la radio ou de la musique ?
Avec mon iPhone à 6 h 45 tous les matins sauf le week-end, quand je me réveille naturellement mais tôt.
Une fois levé, commencez-vous la journée avec les infos ?
Juste après ma douche et un café, je lis Le Parisien sur mon iPad et la veille au soir je consulte le fil des Échos et du Figaro. Durant la journée, je regarde à nouveau les informations diffusées par ces trois sources. Je lis aussi l’Équipe. Et en fin de semaine, j’aime bien parcourir le Financial Times et des titres diffusés sur Cafeyn, l’appli à laquelle je suis abonné. Je suis administrateur de M6 et donc J’écoute RTL le matin dans ma voiture. En revanche, je regarde très peu les chaînes d’information en continu que je trouve souvent oppressantes.
Quel est votre premier geste numérique de la journée ?
J’enlève le mode avion de mon smartphone et je regarde mes mails et, en premier, le chiffre d’affaires des Galeries Lafayette qui est actualisé tous les jours
Partagez-vous vos réflexions, vos analyses, sur les réseaux sociaux ?
Oui, sur LinkedIn. J’y partage mes réflexions sur l’évolution du commerce, les sujets de consommation, mode et mode durable qui me préoccupent et aussi sur des évènements auxquels j’ai assisté. J’utilise aussi ce réseau pour mettre en avant mes collaborateurs. C’est une source de fierté pour moi. J’ai aussi une boucle d’abonnés personnelle plus restreinte sur LinkedIn.
Utilisez-vous d’autres réseaux sociaux, à titre professionnel ou personnel ?
Instagram, mais très épisodiquement sur des instants de vie que j’aime partager avec une communauté de quelque 600 personnes
Y a-t-il des réseaux où vous n’allez pas ou plus et pourquoi ?
J’ai un compte sur Twitter, devenu X, mais je n’ai jamais accroché avec le concept. Je me suis aussi éloigné de Facebook que je le trouve chronophage et trop exposé aux fake news.
Vous souvenez-vous du dernier post que vous avez liké ?
J’ai réagi à celui de Franck Gervais, DG de Pierre & Vacances, rendant hommage à son fondateur, Gérard Brémond, disparu récemment. C’était un grand Monsieur. J’ai applaudi au post de Pierre-François Le Louët, coprésident de l’Union Française des Industries Mode-Habillement à l’occasion du vote de la loi anti-ultra fast fashion qui va davantage contraindre les plateformes asiatiques.
Est-ce qu’il y a, en ce moment, une information qui pourrait vous mettre de bonne humeur ?
La fin des conflits au Moyen-Orient et de la guerre en Ukraine. Et les victoires de l’équipe de France au Mondial de foot, car ce sont des évènements qui créent un embrasement populaire positif.
Et à l’inverse, une mauvaise nouvelle pour vous, ce serait quoi ?
La canicule qui après des décennies d’inaction s’installe avec des vagues de chaleur à répétition et va durement frapper les nouvelles générations.
Quel est le sujet consommation qui vous interpelle en ce moment ?
D’abord, le constat que nous avons de plus en plus de mal à nous faire plaisir en consommant. Beaucoup de nos compatriotes voient leur épargne disponible absorbée par les dépenses contraintes et grignotée par l’inflation. Raison pour laquelle la consommation est en berne aujourd’hui. Même si aux Galeries Lafayette nous vivons en ce moment un contre-cycle et faisons mieux que le marché, notamment aux rayons souliers et beauté. L’écosystème de la mode fait face à un enjeu de désirabilité et de créativité et poursuit sa polarisation entre marques de luxe et d’entrée de gamme. Entre les deux, les marques accessibles ont dû mal à exister. En toile de fond, tous les acteurs doivent s’adapter aux nouveaux socles du marketing et de la consommation que sont les réseaux sociaux et leurs premiers animateurs, les influenceurs.
Comment utilisez-vous l’IA ?
Je commence tout juste à utiliser Chat GPT et Gemini pour rechercher des informations. Ils fonctionnent comme des moteurs de recherche augmentés, plus rapides et mieux organisés que Google. En revanche, je ne les ai pas encore testés pour trier mes mails ou organiser mon emploi du temps ou un voyage. Et je ne leur demande pas de me prodiguer des conseils. Je constate, à l’inverse, que mes enfants ne peuvent plus s’en passer
Vous accordez-vous des vrais moments de déconnexion ?
J’y parviens entre le samedi midi et 17 heures le dimanche et pendant les vacances. Durant ces plages de temps, j’évite de prendre mon téléphone sans ressentir un manque
Quel est votre rapport aux courriels ? C’est un stress, une nécessité, juste un outil parmi d’autres ?
C’est un outil parmi d’autres. Mon flow de courriels reste gérable, même si je dois trier parmi les 100 à 150 mails que je reçois tous les jours pour n’en conserver qu’une quinzaine en moyenne.
Quel est le canal le plus simple pour vous joindre ? Un mail, un SMS, un message sur WhatsApp ?
Les trois me vont.
Avez-vous un émoji ou un gif préféré pour répondre aux messages ?
Le pouce levé pour encourager ou les mains jointes pour remercier. Et plusieurs smileys pour échanger avec ma famille et mes proches.
À quel moment ouvrez-vous un livre ?
Les week-ends, durant les vacances et le soir quand un livre me passionne. Et de préférence un vrai livre pas une liseuse.
Quels sont les œuvres ou les auteurs qui vous ont donné le goût de la lecture ?
Je suis plutôt roman qu’essai. J’aime bien les œuvres d’Olivier Norek. J’ai ainsi dévoré Les Guerriers de l’hiver qui décrit les cent jours de résistance de l’armée finlandaise par moins 50 degrés l’hiver face à l’envahisseur russe, juste avant la seconde guerre mondiale. C’est un récit d’une très grande force. On pense évidemment en le lisant à la guerre qui continue de faire rage entre l’Ukraine et la Russie aujourd’hui. J’aime bien les romans policiers de Bernard Minier qui vous emmènent ailleurs avec une écriture très cinématographique. J’ai savouré la tétralogie de Pierre Lemaître qui traverse le XXe siècle. C’est excessivement bien écrit !
Y a-t-il un livre que vous aimez offrir ?
Au bonheur de dames, d’Émile Zola bien sûr ! Même s’il raconte l’histoire du Bon Marché. C’est celle d’un grand magasin, un univers qui me parle tant !
Regardez-vous des séries ?
Oui. C’est un moment de divertissement que j’aime partager avec ma femme. Nous avons beaucoup apprécié The Crown, mais aussi des séries comme House of Cards ou Succession. Nous attendons la saison 2 de la série anglaise The Gentlemen sur Netflix qui suit les mésaventures d’un noble désargenté, acoquiné avec des trafiquants de cannabis.
Avez-vous un film culte ?
Forrest Gump de Robert Zemeckis avec Tom Hanks m’a marqué. Par le jeu magistral de l’acteur mais aussi parce qu’il nous plonge dans une page d’histoire des États-Unis, qui va des années 1950 aux années 1980, vécue par un "simple d’esprit" et un surdoué du tennis de table qui aura tout connu, dont la guerre du Vietnam
Quel acteur pourrait jouer votre rôle dans un film ou une série ?
J’opterais pour Pierce Brosnan, pour son côté flegme, humour et force tranquille et pour son jeu dans le James Bond GoldenEye
De la même façon, si un auteur devait écrire votre vie, qui voudriez-vous voir prendre la plume ?
Pierre Lemaître pour la qualité de sa plume.
Allez-vous régulièrement au théâtre, au cinéma, à l’opéra ?
Pas assez. Je suis plus concerts. J’y vais souvent en famille. Récemment, nous avons assisté au concert du chanteur et musicien américain Bruno Mars au Stade de France pour son "Romantic Tour". Il y a deux ans nous étions au concert de Coldplay à Lyon. Et nous irons écouter Céline Dion en octobre.
Avez-vous un plaisir coupable ?
Le ski que je le pratique sans aucune modération avec une de mes filles.
Si vous pouviez organiser votre propre festival, un concert de rêve, quelle en serait l’affiche ?
Le trio Coldplay, U2 et Sting.
Est-ce qu’il y a un chanteur, un groupe que vous regrettez de n’avoir jamais vu sur scène ?
Michael Jackson.
Est-ce qu’il vous arrive de fredonner en arrivant aux Galeries Lafayette ?
Je ne chante pas. En revanche, je m’émerveille et vibre chaque fois que j’arrive aux Galeries Lafayette avant l’ouverture.
Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous avez débuté et qui vous est toujours utile aujourd’hui ?
J’ai fait mien le conseil de mon père Philippe : "Le pouvoir ne se donne pas, il se prend". Il faut toujours se battre et montrer ce dont on est capable. Rien n’est jamais acquis.