Stéphane Layani :
"Rungis ne dort jamais : regarder mon téléphone avant de dormir, c’est une façon de m’assurer que la machine tourne quoi qu’il arrive"
Président du Marché International de Rungis, Stéphane Layani est à la tête du plus grand marché de produits frais au monde, qui nourrit chaque jour plus de 18 millions de consommateurs franciliens. Il est également PDG de la SEMMARIS, société de gestion du Marché, depuis 2012.
Comment vous réveillez-vous le matin ? Avec les infos à la radio, de la musique ou le bip-bip du réveil ?
Avec le réveil de mon téléphone. Pour l’horaire, c’est variable, mais la seule règle immuable, c’est que c’est toujours tôt : soit à 3 heures ou 3 h 30 du matin lorsque je me rends à une visite matinale sur le Marché, soit un peu plus tard, vers 7 heures.
Comment vous informez-vous au quotidien ? Quelles sont vos lectures du matin ?
Je consulte chaque matin un large éventail de sources d’information, dont notamment les médias en ligne : médias d’actualités et économiques principalement, ainsi que notre revue de presse. Je regarde aussi "Les chuchotis du lundi" de Gilles Pudlowski, spécialisés dans la restauration. J’aime surtout la presse traditionnelle papier, avec bien sûr un regard particulier sur l’édition locale du Parisien.
Quelle est l’information qui pourrait, en ce moment, vous mettre de bonne humeur ?
Je préférerais qu’elles soient plus nombreuses, car l’actualité s’avère pesante. Si je devais en sélectionner une, ce serait qu’il y ait une prise de conscience autour du fait qu’il est inutile de réinventer la roue pour garantir notre souveraineté alimentaire ! Les réseaux des marchés de gros en France sont des plateformes logistiques résolument modernes. Nous sommes la réponse exacte au défi du "dernier kilomètre" pour désengorger les villes. Le produit périssable exige une vitesse et une maîtrise de la chaîne du froid uniques que Rungis possède mieux que quiconque.
Regardez-vous votre téléphone dès que vous vous levez ?
Oui, c’est devenu un automatisme, souvent dès les premières minutes de la journée. Avec mes équipes, nous devons suivre en permanence l’actualité et plus largement l’état du monde. Les tensions internationales ont des répercussions directes, jusque dans nos assiettes et sur nos marchés. C’est vrai que cet été, avec la canicule, ouvrir son téléphone, c’est s’exposer immédiatement au flux parfois anxiogène des informations.
Et est-ce que vous y jetez un coup d’œil avant de vous coucher ?
Malheureusement, oui, c’est le propre des métiers de flux. Rungis ne dort jamais : quand la France se couche, le Marché, lui, s’éveille. Regarder mon téléphone avant de dormir, c’est une façon de m’assurer que la machine tourne quoi qu’il arrive !
Si vous avez 15 minutes à perdre, que consultez-vous sur votre téléphone ?
J’en profite pour prendre des nouvelles de ma famille. C’est ma façon de veiller sur elle.
Consultez-vous régulièrement les réseaux sociaux ?
Je consulte particulièrement LinkedIn. C’est une mine d’informations ! J’aime aussi Instagram, sur lequel l’on trouve beaucoup des recettes à faire à la maison, cuisiner chez soi à base de produits frais et de qualité.
Quel est le dernier contenu que vous avez "liké" ?
Je suis très actif sur LinkedIn et le dernier contenu que j’ai "liké" concerne la directrice du MIN de Toulouse, mon ancienne conseillère agricole et directrice de cabinet, qui vient de prendre la présidence de SOLAAL Occitanie. Cette association d’intérêt général fait un travail formidable en reliant les donateurs agricoles aux associations d’aide alimentaire. Voir nos marchés s’engager pour redistribuer des millions de repas aux plus démunis est une vraie fierté. C’est la même philosophie qui nous guide depuis bien longtemps au Marché de Rungis, où nous accueillons le Potager de Marianne (ANDES). Cette structure récupère ou rachète à bas coût les invendus alimentaires pour approvisionner les épiceries solidaires, tout en favorisant la réinsertion professionnelle.
Y a-t-il des réseaux sociaux sur lesquels vous vous interdisez d’aller ?
Comme beaucoup, j’ai quitté X, car les contenus y sont de moins en moins intéressants et de plus en plus violents et polémiques. Je le regrette car c’est un réseau social connecté à l’actualité que j’avais l’habitude de consulter régulièrement.
Publiez-vous personnellement sur les réseaux sociaux ?
Oui, je publie très régulièrement, surtout sur LinkedIn, Instagram mais aussi Facebook. J’y partage la vie du Marché, nos innovations, mais aussi mes convictions de dirigeant sur la souveraineté alimentaire.
Quelle est la meilleure appli pour vous joindre ?
J’échange beaucoup sur WhatsApp, c’est l’application sur laquelle je réponds le plus vite.
Avez-vous un émoji préféré ?
Le cœur qui veut dire "J’adore" !
Avez-vous de vrais moments de déconnexion ?
Ils sont assez rares, mais je les trouve dans la nature ou souvent autour d’une bonne table, de bons produits, entre amis. C’est là que je recharge les batteries. J’aime beaucoup lire, faire du sport, nager, skier et faire des exercices de musculation. Et surtout, me rendre à des expositions et aller à l’opéra.
Les mails sont pour vous un outil, une nécessité, un stress ?
Je reçois environ 350 mails par jour. Mon secrétariat et ma directrice de cabinet font un travail d’orfèvre pour filtrer les invitations, ce qui me permet de me concentrer sur l’essentiel, quand mes collaborateurs me sollicitent : analyser, trancher et décider.
Quel usage faites-vous personnellement de l’IA ?
Je suis très curieux et j’essaie au quotidien d’intégrer l’IA dans mes usages de recherches d’informations. Je suis toutefois assez vigilant sur les propositions qui en découlent, et j’ai à cœur de toujours remettre en perspective les résultats qui y sont proposés. Il est nécessaire d’avoir une éducation à l’IA auprès des jeunes, qui ont déjà l’habitude de l’utiliser, car c’est une révolution technologique qui bouleverse nos sociétés. J’ai édicté une charte de l’IA dans mon entreprise et nous participons à un développement régulé de ses usages à Rungis.
À quel(s) moment(s) ouvrez-vous un livre ?
C’est nécessaire de se déconnecter de son portable le soir, ou encore le week-end et bien sûr en vacances. C’est ce qui compte ! Je lis l’actualité, beaucoup, aux côtés d’ouvrages professionnels et des revues économiques, mais aussi des romans et des essais plus littéraires.
Quelle est la dernière lecture qui vous a touché ?
Le Chant du Sol, de Julien Denormandie, mais aussi La Terre a soif, d’Erik Orsenna. C’est un ouvrage brillant qui explore la géopolitique de l’eau et fait profondément écho aux idées que je veux porter dans le débat public.
Qui vous recommande ou conseille vos lectures ? Amis, médias, blogs, libraires ?
Tout le monde ! Famille et amis, principalement mais je suis aussi sensible aux critiques littéraires ainsi qu’aux conseils de mon libraire. J’ai à cœur de fréquenter autant que possible les commerces de proximité, qui sont l’âme de nos villes et de nos villages.
Quel est LE livre que vous aimez offrir à un ami ?
J’offre très volontiers la Physiologie du goût de Brillat-Savarin, annoté par Pascal Ory. C’est la Bible absolue de l’épicurisme et du bien-manger : un incontournable pour quiconque aime le partage autour de la table !
Y a-t-il un auteur qui vous inspire particulièrement ?
Spontanément, je pense à Sébastien Abis. C’est un auteur dont les analyses sur la géopolitique de l’agriculture me nourrissent beaucoup, et nous avons pu en échanger longuement au Salon de l’agriculture lors du lancement de mon livre, Le monde a faim. Sa capacité à décrypter les tensions mondiales à travers le prisme de la terre résonne parfaitement avec mes convictions. Il rappelle que l’alimentation n’est pas qu’une affaire de commerce, mais le premier pilier de la stabilité et de la paix dans le monde.
Quelle série pouvez-vous nous recommander ?
Je regarde en réalité très peu de séries. J’ai raté le coche. Je suis un grand nostalgique du grand écran, je préfère de loin le rituel d’une salle de cinéma. Par exemple, j’ai trouvé le film la Bataille de Gaulle exceptionnel.
Avez-vous un film culte ? Une réplique culte ?
Les Tontons Flingueurs : c’est le film de bande et de convivialité par excellence. Quant à la réplique, impossible de passer à côté du classique de Michel Audiard : "Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît", ou encore "Faut pas parler aux cons, ça les instruit". Elles traversent les époques avec une efficacité redoutable !
Quel acteur pourrait jouer votre rôle à l’écran ?
Pierre Arditi. Pour son sens de la formule, son charisme et son amour publiquement déclaré pour la gastronomie et le terroir.
Et quel auteur ou autrice pourrait raconter votre vie ?
Erik Orsenna peut-être, dont j’apprécie beaucoup le travail.
Écoutez-vous des podcasts ?
J’apprécie les podcasts économiques et géopolitiques. Et naturellement "On va déguster" de François-Régis Gaudry, sur France inter, dont je suis un auditeur régulier.
Quels sont les derniers spectacles vivants que vous avez vus et qui vous ont fait vibrer ?
J’aime particulièrement le moment en suspens du dimanche soir… C’est le jour où je vais au cinéma. Après cela, je me sens d’attaque à commencer une nouvelle semaine, pour découvrir son lot de rencontres, d’échanges et de nouveaux projets. Je suis aussi et surtout un grand habitué de l’Opéra.
Quelle serait l’affiche de votre concert idéal ?
Du rock, de la musique classique, de la chanson française : mes goûts musicaux sont assez éclectiques et j’écoute un peu de tout ! Une affiche qui représenterait fidèlement cette diversité. Mais la chanson française a du bon !
Quel chanteur ou groupe regrettez-vous de ne jamais avoir vu sur scène ?
Freddie Mercury et Queen. Pour l’amour de l’Opéra combiné à l’énergie pure du rock. Je ne rate également pas les Rolling Stones ou encore Bob Dylan.
Quel air, quelle chanson pourriez-vous chantonner sur le chemin du travail ?
Les Marchés de Provence de Gilbert Bécaud. C’est la chanson parfaite. Elle résume tout : les odeurs, les couleurs, les accents, mais surtout cette incroyable chaleur humaine et cette sociabilité unique. Un marché, ce n’est pas juste un endroit où l’on achète de la nourriture, c’est un lieu de vie, de rencontres et de partage. Ou Les Champs-Élysées de Joe Dassin, que je mets souvent dans mon bureau.
Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous débutiez et qui vous est toujours utile aujourd’hui ?
Les grandes décisions ne se prennent jamais tard la nuit. Attendre le lendemain matin (tôt !) Toujours garder son sang-froid lorsqu’il s’agit de trancher, à tête reposée, pour ne pas se tromper.