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Business / Énergie / 18/05/2026

Plan d’électrification : le secteur du bâtiment demande de la concertation… et du temps

Pompe à chaleur installée devant une maison neuve (photo Frank Hoermann/AFP).

S’ils valident globalement l’objectif d’un million de pompes à chaleur installées par an d’ici 2030, les professionnels du bâtiment et du génie climatique, estiment que la mise en œuvre technique et territoriale du vaste plan d’électrification voulu par le gouvernement risque de se heurter à un principe de réalité : celui du raccordement au réseau électrique et de la diversité du bâti français.

Le véritable point de friction se situe en effet au niveau du réseau de distribution. Si depuis 2019, l’installation de pompes à chaleur (PAC) s’est intensifiée, le dimensionnement des infrastructures n’a pas toujours suivi et les réseaux actuels, parfois vétustes, ne peuvent pas supporter sans renforcement majeur les besoins de ces nouveaux équipements. La Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) elle-même, par la voix de sa présidente Emmanuelle Wargon, a récemment souligné la nécessité d’être extrêmement attentif au déploiement et au renforcement des réseaux pour accompagner cette mutation.

En milieu rural, ce sont les collectivités locales qui se retrouvent en première ligne pour financer ces infrastructures, alors que leurs dotations budgétaires fondent. Sans un plan de financement dédié et une cartographie précise des zones "électrifiables" à court terme, le risque est de voir apparaître des zones où l’installation d’une PAC deviendra un casse-tête administratif et financier pour les collectivités comme pour les particuliers.

À l’inverse, en zone urbaine dense, notamment dans le bâti haussmannien ou les copropriétés des années 60-70, le défi est technique : il n’existe pas actuellement de solutions viables pour remplacer les chaudières individuelles au gaz par des pompes à chaleur. Et se contenter d’installer des radiateurs électriques classiques ne serait pas une solution : cela demande de la puissance et, sans isolation correcte, leur rendement est médiocre et le montant de la facture d’électricité des ménages risquerait d’exploser.

Face à ce mur électrique, les professionnels plaident pour une approche pragmatique : la mixité énergétique, en profitant de la montée en puissance du biogaz. La France dispose d’une filière de gaz vert vertueuse, issue des déchets agricoles, capable de permettre d’atteindre l’objectif de 20 % de gaz vert injecté dans les réseaux d’ici 2030. L’hybridation, soit l’association d’une pompe à chaleur et d’un appoint gaz, apparaît comme la solution de transition idéale, le gaz ne prenant le relais de la pompe à chaleur que lors des pics de froid.

Le secteur du bâtiment appelle donc à une concertation urgente avec les ministères et les gestionnaires de réseau et, plutôt qu’un calendrier unique et brutal, demande de la visibilité et une programmation de cette transition zone par zone.

Cette semaine, dans la rubrique Business
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