Où la métrique a son importance >
S e référer au taux de chômage à propos du plein-emploi n'est peut-être pas très pertinent. Une diminution du taux de chômage peut être le fruit d'une contraction du taux d'activité, qui rapporte le nombre de personnes en emploi et ceux en cherchant un à la population en âge de travailler (15-64 ans), liée aux chômeurs découragés renonçant à participer au marché du travail, et non le produit de fortes créations de postes. De sorte qu'un pays pourrait très bien posséder un taux de chômage de 5 % même si 99,99 % de ses habitants en âge de travailler étaient sans emploi. « C'est le taux d'emploi qui doit faire l'objet d'une attention toute particulière », considère Gilbert Cette. Mettant en regard le nombre de personnes occupant un emploi et la population en âge de travailler, cette variable reflète, bien davantage que le taux de chômage, la capacité d'une économie à mobiliser sa main-d'œuvre, et ses mouvements ont des retombées bien plus sensibles sur la lutte contre la pauvreté et les finances publiques. « Si la France avait le même taux d'emploi que les pays nordiques et scandinaves, ses recettes publiques augmenteraient d'environ 130 milliards d'euros par an », estime Gilbert Cette. En 2024, le déficit de l'ensemble des administrations publiques hexagonales devrait avoisiner... 130 milliards d'euros. Il y a loin de la coupe aux lèvres, le taux d'emploi de la France se situe à 68,3 %, soit 10 points de moins en moyenne qu'au sein des économies susmentionnées. S'il comporte moins de biais que le taux de chômage, le taux d'emploi souffre toutefois de limites. « Il ne dit rien sur la qualité de l'emploi occupé, ni sur la durée du travail », souligne Éric Heyer, qui juge que le plein-emploi pourrait être défini comme le fait que « tous ceux qui dé-sirent travailler travaillent, ce à la durée qu'ils souhaitent ».