… qui pourrait ne pas aboutir >
C'est une petite musique qui a commencé à circuler la semaine dernière chez les banquiers d'affaires. Notamment après que Benoît Cœuré, le très brillant patron de l'Autorité de la concurrence, a été auditionné par la Commission des affaires culturelles du Sénat. Il a estimé que le calendrier permettant la cession de M6 par son actionnaire Bertelsmann était « très tendu ». Comme nous l'expliquions dans ces colonnes la semaine passée, le temps presse car l'autorisation de diffusion de la chaîne principale M6 sur la TNT doit être renouvelée le 6 mai 2023 par l'Arcom, régulateur de l'audiovisuel, empêchant ensuite, selon la loi, tout changement de contrôle de la fréquence pendant cinq ans.
« Il y a une sorte de rétroplanning » aux mains de l'Arcom, a déclaré Benoît Cœuré, en rappelant qu'un examen sur les questions de concurrence doit aussi avoir lieu. De fait, si l'opération n'est pas notifiée auprès de l'Autorité de la concurrence avant la fin octobre, « ça va être difficile, et c'est dans tous les cas très tendu ». D'autant que selon lui, « compte tenu de la taille des acquéreurs potentiels, la logique voudrait que cette opération soit examinée par la Commission européenne ». Bien sûr, celle-ci pourra décider de renvoyer le dossier vers l'autorité française, mais ce mécanisme « est lui-même générateur de délais supplémentaires », a-t-il relevé. Si les trois acteurs (ou groupes d'acteurs) ne possèdent pas de chaînes, il existe de « possibles effets de conglomérats dans des secteurs » autres que la télévision, a noté Benoît Cœuré. Mais ce dernier n'a pas parlé des délais supplémentaires liés à un éventuel appel fait par Bouygues (au hasard !) si l'offre du tandem Niel-Berlusconi était retenue et acceptée (dans la mesure où Xavier Niel avait fait quatre recours contre le projet TF1-M6).
Reste un dernier sujet, qui n'est pas le moindre et qui tient au risque de non-réattribution de sa fréquence à M6. Car tout le monde raisonne sur le fait que cette fréquence serait renouvelée de manière automatique par l'Arcom. Mais les banquiers sollicités pour le financement de cette transaction ont bien relevé ce risque. Pour l'heure, cela se traduit par l'ajout de clauses (subject to) dans les offres remises jeudi soir. Ce qui transfère sur Bertelsmann le risque lié à la fréquence. Toute la question est de savoir si Thomas Rabe, qui est en échec sur l'opération Simon & Schuster peut subir deux échecs de suite sur M6…