Le grand court-circuit des gigafactories françaises
La batterie tricolore cale alors que l’électrique bat ses records : Tiamat renonce, Bolloré cherche un partenaire, Verkor sollicite les banques et Stellantis arrête deux usines faute de cellules ACC.
- Que se passe-t-il vraiment ? Mi-septembre, Tiamat a renoncé à son usine de batteries sodium ion de Boves, près d’Amiens. Ce projet de 500 millions d’euros promettait jusqu’à 2 000 emplois, mais la start-up issue du CNRS n’a jamais réuni les 150 millions de la première tranche. Quelques jours plus tôt le groupe Bolloré a laissé entendre que son projet de gigafactory de Mulhouse est suspendu à l’arrivée d’un "partenaire investisseur" auquel la filiale n’exclut plus de céder le contrôle. Quant à ACC, la coentreprise que Stellantis partage avec Mercedes-Benz et TotalEnergies, elle a enterré en février ses projets d’usines en Allemagne et en Italie, puis changé de patron en mai. Des experts chinois ont été appelés à son chevet dans le Pas-de-Calais pour faire baisser le taux de rebut.
- Pourquoi Verkor concentre les maux de la filière ? Son usine de Dunkerque accuse dix-huit mois de retard et Renault ne reçoit encore que quelques batteries par semaine, fabriquées à Grenoble. Actionnaire à 11,6 % et unique client, le constructeur a exigé début juin une "gouvernance crédible". Il l’a obtenue le 1er septembre, quand le cofondateur Benoît Lemaignan a cédé son fauteuil à Laurent Debrue. Selon Marianne, les cellules de Dunkerque coûteraient 30 à 40 % de plus que celles des concurrents asiatiques et les commandes de Renault sont moins importantes que prévu. Le dossier est donc devenu financier. Verkor s’apprêterait à demander aux 19 banques qui lui ont accordé 1,3 milliard d’euros le droit de continuer à tirer sur ses lignes de crédit. Mais les créanciers ont mandaté PwC pour défendre leurs intérêts. Leur patience aura un prix, car ils pourraient exiger des actionnaires qu’ils remettent au pot. L’État est pris entre deux feux. Il a subventionné l’usine et figure au capital de Verkor comme à celui de Renault.
- Entre les lignes. Dopées par la flambée des carburants, les immatriculations de voitures électriques battent des records et les constructeurs manquent de batteries pour en fabriquer. Stellantis arrêtera Rennes le 22 octobre et Sochaux le lendemain, jusqu’à la fin du mois, faute de batteries longue autonomie pour les Peugeot 3008 et 5008 comme pour le Citroën C5 Aircross. Chez Renault, aucune chaîne n’est à l’arrêt, mais il a fallu appeler le coréen LG en catastrophe pour sauver le lancement de l’Alpine A390 à Dieppe et celui du futur Trafic à Sandouville. Le nouveau Master électrique se passera lui aussi de Verkor.