Longévité : le grand âge, angle mort de l’économie française (Institut Montaigne)
L’espérance de vie en bonne santé doit devenir une priorité nationale, plaide l’Institut Montaigne dans un rapport. Cet enjeu sanitaire est aussi budgétaire et social, et touche directement l’emploi.
- Le constat. La France vieillit vite. Pour la première fois de son histoire, en 2025, les plus de 60 ans (28,5 % de la population) ont dépassé en nombre les moins de 18 ans. L’espérance de vie progresse (85,9 ans pour les femmes ; 80,3 ans pour les hommes), mais l’espérance de vie sans incapacité plafonne autour de 64 ans, loin du Japon (73,4 ans). Seuls 45 % des plus de 65 ans se déclarent en bonne santé. Le modèle conçu pour prendre en charge une dépendance déjà installée, n’est plus adapté.
- Ce que montre l’étude. Les personnes de 60 ans et plus en perte d’autonomie passeraient de 2,7 millions en 2020 à 3,1 millions en 2030, avec une facture qui s’alourdit : par rapport aux 325 milliards d’euros de dépenses de santé de 2023, il faudrait 16 milliards de plus en 2030 et 41 milliards en 2050. Le travail de ce qu’il est convenu d’appeler la "silver economy" est en première ligne. Le vivier des dix millions d’aidants se contracte, avec 340 000 de moins entre 2008 et 2022. Du côté des soignants, la France compte à peine plus de deux professionnels en activité pour 100 personnes de plus de 65 ans, contre 5 en moyenne dans l’OCDE. Le think tank préconise de doubler les effectifs paramédicaux, de repérer les fragilités dès l’âge de 50 ans et de créer un Institut national de la longévité.
- Pourquoi c’est important. Chaque année de vie sans incapacité gagnée éviterait environ 1,5 milliard d’euros de dépenses de santé par an, selon la Cour des comptes, citée par le rapport. "Le virage du curatif vers le préventif doit s’accompagner d’une transformation de notre système d’accompagnement du grand âge", conclut le rapport, "passant d’une organisation pensée autour de l’âge civil vers une meilleure prise en compte de l’âge physiologique". Quand la santé des seniors conditionne aussi leur maintien dans l’emploi, l’Institut Montaigne rappelle que la prévention constitue une politique économique à part entière.