L’Europe et le christianisme : le tournant de Léon XIV (Fondation Robert Schuman)
La Fondation Robert Schuman décrypte une inflexion de doctrine : Léon XIV demanderait moins à l’Europe de proclamer son identité chrétienne, mais de défendre l’État de droit et le pluralisme.
- Le constat. Pour l’historienne Blandine Chélini-Pont, professeure à Aix-Marseille Université, l’étape du Pape à Metz, ce lundi, est révélatrice. Le programme y enchaîne une rencontre interreligieuse et une réflexion sur les "racines de l’Europe". La thématique, pour le Saint-Siège, n’est pas nouvelle : son traitement, en revanche, diffère des canons. Jean-Paul II s’était battu pour inscrire les racines chrétiennes dans le projet de Constitution européenne. Un quart de siècle plus tard, le christianisme s’est "culturalisé".
- Ce que montre l’étude. En recul dans les pratiques, le christianisme est réinvesti par les mouvements nationalistes et populistes comme marqueur identitaire et frontière civilisationnelle, jusqu’au discours de J. D. Vance à Munich en février 2025. Léon XIV ne renonce pas à ces racines, il en change la fonction : elles ne sont plus un titre de propriété, mais une responsabilité. Là où ses prédécesseurs demandaient à l’Europe de se souvenir de ce qu’elle avait été, il l’inviterait, selon l’historienne, à préserver ce qu’elle est devenue : un espace fondé sur le droit, la dignité de la personne et la subsidiarité. Sur l’immigration par exemple, Léon XIV défend une Europe "ouverte et régulée". Envers l’islam, il privilégie le dialogue et la coexistence.
- Pourquoi c’est important. Ce repositionnement a une portée géopolitique. La guerre d’Ukraine et les tensions avec l’administration Trump en sont la toile de fond. L’Union européenne, où les États ont soumis une part de leur souveraineté au droit, deviendrait aux yeux du pape un rempart contre la "brutalité des Empires", sans devenir elle-même un empire. Ce tournant intervient dans un contexte où la carte religieuse du continent se fracture, notamment entre Moscou et Constantinople. Contre l’instrumentalisation d’un prétendu christianisme "culturel" par certaines nations et empires, Léon XIV oppose un christianisme centré sur les valeurs de l’Église, porteuse de paix, pluraliste et œcuménique.