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Business / Grands domaines viticoles / 31/08/2026

En Bourgogne, Roederer prend une revanche sur la famille Pinault

En rachetant le Domaine Pierre Damoy pour près de 300 millions d’euros, Louis Roederer signe la plus grosse transaction de l’histoire de la Bourgogne et fait exploser les compteurs du foncier.

Le domaine Pierre Damoy, en Bourgogne, désormais propriété de la maison champenoise Louis Roederer (photo D.R.).
  • Ce qu’il faut retenir de cette acquisition. L’année de son 250e anniversaire, la maison Louis Roederer, a finalisé le rachat du Domaine Pierre Damoy, à Gevrey-Chambertin ; sa toute première implantation en Bourgogne. L’opération, menée à pas feutrés depuis 2025 (25 % du capital, puis 39 %, puis la totalité), porte sur un ensemble introuvable ailleurs : 10,5 hectares, dont près de 8 en grands crus. Au menu : 5,3 hectares de Chambertin-Clos de Bèze - un tiers du clos -, 2,2 hectares de Chapelle-Chambertin, 0,5 de Chambertin et le monopole du Clos Tamisot, aux vignes plantées dès 1922. La transaction embarque aussi le chai et un stock remontant au milieu des années 1990. Le prix "officieux", serait autour de 300 millions d’euros. Pierre Damoy, surnommé "Monsieur Chambertin", détenait à lui seul 10 % des grands crus de l’appellation. Signe des temps : pour respecter la loi Sempastous, qui plafonne les concentrations agricoles, Roederer a dû céder des parcelles en Champagne, à Bordeaux et à Bandol.
  • Pourquoi cette transaction est importante. Le calendrier n’a rien d’anodin. La Côte de Nuits est devenue le terrain de jeu des deux premières fortunes françaises. Artémis Domaines, le pôle vin de la famille Pinault, avait soufflé le Clos de Tart à… Roederer en 2017, pour un montant record de 280 millions d’euros. Depuis, il a pris le contrôle de Bouchard Père & Fils et vient de créer, en novembre 2025, le Domaine des Cabottes : 35 hectares dont Montrachet, Chevalier-Montrachet et Corton. En face, LVMH, propriétaire du Clos des Lambrays depuis 2014 (environ 100 millions), a déboursé en 2024 quelque 15,5 millions pour 1,3 hectare arraché au Domaine Poisot : soit près de 12 millions l’hectare. En s’invitant en Bourgogne, la maison familiale de Frédéric Rouzaud prend une revanche sur 2017 et confirme que les climats bourguignons se négocient en centaines de millions d’euros.
  • Entre les lignes. Reste l’équation économique, qui ne tourne plus. Les comptes 2024 d’Artémis Domaines sont sans appel : le Clos de Tart y est inscrit pour 292 millions d’euros de valeur comptable, pour 5,25 millions de chiffre d’affaires et 2,9 millions de bénéfice. Soit 55 fois les ventes et 100 fois le résultat. Comparaison cruelle : Château Latour, dans le même groupe, dégage 42,6 millions de bénéfice pour 58,7 millions de ventes. En Bourgogne, la rareté fait le prix, pas la rentabilité : 90 à 100 hectares changent de mains chaque année, sur 30 000. Avec une valeur de près de 40 millions d’euros l’hectare de grand cru, cette transaction pose une question qui monte : la Bourgogne est-elle encore une terre agricole, ou déjà une classe d’actifs ?
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