Hiba Farès :
"Savoir rebondir grâce à un plan alternatif permet de transformer un imprévu en opportunité, sans jamais céder au stress"
Hiba Farès dirige RATP Dev, la filiale de la RATP qui exploite des métros partout dans le monde, comme à Sydney, Singapour ou Riyad. L’entreprise, qui réalise 2,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, revendique même la place de "numéro 1 mondial du métro en nombre de kilomètres exploités".
Comment vous informez-vous au quotidien ?
Un combo presse écrite, radio et réseaux sociaux, en essayant de multiplier les angles éditoriaux. Je ne regarde plus la télévision, surtout les chaînes d’informations en continu car je trouve cela trop anxiogènes… cela sape mon optimisme.
Quelles sont vos lectures du matin ?
Je suis plutôt une lectrice du soir ! Je prends le temps de lire les quotidiens économiques et généralistes, avec une appétence particulière pour la géopolitique et l’international. RATP Dev opère sur cinq continents : comprendre le monde est presque une nécessité opérationnelle !
Quelle est l’information qui pourrait, en ce moment, vous mettre de bonne humeur ?
La fin des guerres. Sans détour. Cela peut sembler candide, mais mon secteur d’activité c’est la mobilité, connecter les gens, leur permettre de se déplacer librement et pendant ce temps, des millions de personnes n’ont même plus la liberté de rester chez elles. Cette contradiction me pèse.
Regardez-vous votre téléphone dès que vous vous levez ?
Oui et ce n’est pas tant une mauvaise habitude qu’une nécessité quand on dirige un groupe international. RATP Dev est présente sur 8 fuseaux horaires. Quand je me lève à Paris, il s’est passé beaucoup de choses en Australie ou aux États-Unis ! Cela me permet d’identifier les priorités de ma journée.
Redoutez-vous d’y lire, voir quelque chose ?
Un accident grave sur l’un des réseaux que nous opérons. Nous transportons des millions de personnes chaque jour, et la sécurité est une obsession. C’est la première chose que je vérifie.
Et est-ce que vous y jetez un coup d’œil avant de vous coucher ?
Oui, pour la même raison. La nuit ne suspend pas les opérations.
Si vous avez 15 minutes à perdre, que consultez-vous sur votre téléphone ?
J’écoute de la musique. C’est probablement le seul moment où mon téléphone n’est plus un outil de travail.
Consultez-vous régulièrement les réseaux sociaux ?
Deux fois par jour environ, avec discipline. Sur le plan pro, LinkedIn est bien sûr mon réseau de référence. Sur le plan perso, j’ai une prédilection pour Instagram et les recettes de cuisine. Je trouve dans la cuisine un mélange de créativité et de déconnexion que j’apprécie.
Quel est le dernier contenu que vous avez "liké" ?
Un post de Tatty Macleod. Son approche pleine d’humour sur les différences culturelles résonne tout particulièrement en moi. Gérant des clients dans 16 pays et des équipes de 50 nationalités différentes, je retrouve chaque jour dans mon quotidien cette richesse.
Y a-t-il des réseaux sociaux sur lesquels vous vous interdisez d’aller ?
Je ne me les interdis pas par principe, mais je fais des choix. Le temps est la ressource la plus rare, en être économe c’est aussi une compétence de management.
Publiez-vous personnellement sur les réseaux sociaux ?
Essentiellement sur LinkedIn pour partager les très nombreuses actualités de RATP Dev, nos équipes, nos contrats, nos projets, nos engagements. Mes équipes peuvent me préparer des posts mais je tiens à l’authenticité de posts personnels.
Quelle est la meilleure appli pour vous joindre, vous envoyer un message ?
WhatsApp, sans hésitation. Pratique, instantané, international.
Avez-vous un émoji préféré ?
Pas vraiment, je préfère les mots aux pictos. Peut-être un signe que je suis attachée à la précision du langage…
Avez-vous de vrais / réels moments de déconnexion ?
Oui et je les protège farouchement. J’ai deux garçons, et je veux profiter le plus complètement possible des moments en famille. C’est non négociable.
Les mails sont pour vous un outil, une nécessité, un stress ?
Un outil, comme un autre. Et une avalanche quotidienne. Mais l’e-mail ne remplace pas la conversation.
Combien en recevez-vous par jour ?
Je dirais 200 ? Dont une vingtaine réellement utile. Un ratio qui dit beaucoup sur les marges de progrès de la communication en entreprise…
À quel(s) moment(s) ouvrez-vous un livre ?
Dans les transports publics. Et avant de m’endormir.
Quelle est la dernière lecture qui vous a marqué ?
Les Mémoires d’Angela Merkel. Qu’on adhère ou non à son bilan, on découvre dans ce livre, d’une part, la vie en RDA à travers le regard d’une jeune fille, et, d’autre part, l’exercice du pouvoir, mélange quotidien de convictions et de compromis.
Quel est LE livre que vous aimez offrir à un ami ?
Le Prophète de Khalil Gibran. C’est un livre qui dit des choses essentielles avec une économie de mots remarquable. Je l’offre à l’occasion des moments charnières…
Quel est celui qu’on vous a offert et qui vous a marqué ?
Persépolis de Marjane Satrapi, dont la mort m’a énormément peinée. Une œuvre qui parle d’identité, d’exil, de résistance et qui le fait avec une rare intelligence visuelle et émotionnelle.
Y a-t-il un auteur qui vous inspire particulièrement ?
Stefan Zweig. Pour sa capacité à écrire sur la fragilité des équilibres politiques, humains, civilisationnels. Le Monde d’hier résonne différemment selon les périodes de votre vie. En ce moment, il résonne beaucoup.
Quelle série avez-vous aimé récemment ?
Pluribus. Elle pose une question que je trouve fondamentale aujourd’hui : peut-on concilier bonheur collectif et liberté individuelle ? C’est une interrogation qui résonne tout particulièrement dans l’espace public, et dans les transports en commun en particulier.
Quelle série pourriez-vous nous recommander ? Superstore. Une comédie qui parle de travail, de collectif, de diversité avec une justesse et une bienveillance qu’on ne voit peu à l’écran. Et qui fait vraiment rire.
Quel film pouvez-vous voir et revoir avec à chaque fois le même plaisir ?
Lost in Translation. Cette façon de filmer la solitude, le décalage, mais aussi la connexion improbable entre deux êtres… Le tout au cœur de Tokyo, l’une de mes villes préférées.
Avez-vous une réplique culte ?
"Nothing is stronger than the will of an angry woman" (slogan non official de Kill Bill). Mais tous les films de Tarantino débordent de phrases culte ! Kill Bill résume bien la détermination et la colère des femmes aujourd’hui.
Avez-vous un "petit plaisir coupable" en matière culturelle ?
La musique des années 90 et 2000. Sans complexe. C’est la bande-son de mon adolescence et elle a ce pouvoir rare de me ramener à un état d’insouciance en quelques secondes.
Si une actrice devait jouer votre rôle, vous aimeriez que ça soit qui ?
Sigourney Weaver. Pour son intelligence, sa stature, et sa façon d’occuper l’espace avec tellement de naturel.
Si un auteur ou une autrice devait raconter votre vie, vous aimeriez que ça soit qui ?
Riad Sattouf. Pour son coup de crayon et son art de conteur. Il réussit à rendre universelles les histoires les plus intimes.
Écoutez-vous des podcasts ? Lesquels ?
Oui, comme la lecture, principalement dans les transports ! Je suis fidèle à Soft Power sur France Culture pour la géopolitique culturelle, Les Nouvelles du monde sur RFI quand je veux prendre de la hauteur rapidement et j’apprécie particulièrement La Story des Échos pour bénéficier d’un sujet économique traité en vingt minutes. Et pour une recommandation plus inattendue, je dirais How I Built This, de Guy Raz. Des entretiens avec des fondateurs d’entreprises qui parlent d’échecs, de doutes, de recommencements. Une école de résilience en format audio.
Sortez-vous régulièrement au théâtre ? Au cinéma ? À l’Opéra ?
Régulièrement serait exagéré, mais ces sorties sont des respirations nécessaires. J’ai toujours aimé le cinéma et j’ai même eu l’occasion de brièvement travailler pour un distributeur de films. Avant de pouvoir voyager, c’est à travers les films que j’ai découvert le monde…
Quels sont les derniers spectacles vivants que vous avez vus et qui vous ont fait vibrer ?
La dernière représentation de la Traviata à Paris. Une version résolument moderne, une mise en scène très originale, et une direction d’orchestre d’exception.
Quelle serait l’affiche de votre concert idéal ?
Si je devais imaginer mon concert de rêve, la tête d’affiche serait un magnifique métissage culturel : l’énergie brute et la soul de Lauryn Hill, le sens du spectacle légendaire d’Elton John et, bien sûr, la grâce intemporelle de Fairuz. Le mariage parfait de trois mondes musicaux.
Quel chanteur ou groupe regrettez-vous de ne jamais avoir vu sur scène ?
Freddie Mercury : un showman absolu qui communiait comme personne avec son public. Mais aussi David Bowie, l’un des rares artistes dont chaque album marquait une rupture, une réinvention.
Quel air pourriez-vous chantonner sur le chemin du travail ?
Meglio, d’Andrea Laszlo de Simone. Un air délicieusement vintage qui me transporte instantanément dans la douceur de l’Italie… Un clin d’œil musical à la Toscane, qui abrite l’un des plus importants contrats de RATP Dev
Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous débutiez et qui vous est toujours utile aujourd’hui ?
Toujours avoir une alternative si les choses ne se passent pas comme prévu. Cela est vrai pour la vie professionnelle et personnelle. Savoir rebondir grâce à un plan alternatif permet de transformer un imprévu en opportunité, sans jamais céder au stress.