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Coffee Talk / Marie- Ange Debon / 19/06/2026

Marie- Ange Debon :
"La denrée la plus rare pour moi, c’est le temps. J’évite donc de passer des heures sur les réseaux sociaux."

Marie-Ange Debon est la Présidente-directrice générale du groupe La Poste. Elle répond à notre Coffee talk, sans prendre, évidemment, toutes les questions au pied de la lettre…

Marie-Ange Debon, Présidente-directrice générale du groupe La Poste (photo D.R.).

Le matin, vous réveillez-vous plutôt avec le bip-bip du réveil ou la radio et les infos ?
Je me réveille toute seule, naturellement et généralement assez tôt. Mais je branche très vite la radio, souvent Radio Classique, avant de zapper un peu. La radio est donc mon premier support d’information, avec le téléphone que je consulte assez vite après m’être levée : les notifications des médias et rapidement les messages WhatsApp, SMS et mails du bureau. Mais je n’ai pas réellement de routine informationnelle le matin : tout dépend de mon programme et de l’heure à laquelle je me suis réveillée.

Est-ce qu’il y a une information qui, en ce moment, pourrait vous mettre de bonne humeur, vous aider à bien démarrer la journée ?
Oui, d’apprendre qu’il y a une paix durable au Moyen-Orient, plutôt que d’entendre l’annonce de nouveaux bombardements. Et puis, évidemment, si la France remporte le mondial de football en Amérique, ça me fera plaisir !

Si vous avez 10 ou 15 minutes à perdre, que consultez-vous sur votre téléphone ?
J’essaye de m’occuper des sujets en attente, y compris sur le plan personnel. Parfois il m’arrive d’avoir 35 messages non vus sur le WhatsApp de la conversation familiale, donc je les lis et j’y réponds. De même j’essaye de traiter les mails ou SMS non lus. Et si j’ai encore le temps, je vais lire quelques infos, surtout si elles concernent notre secteur d’activité.

Quel est le canal de communication le plus efficace pour vous joindre généralement ?
WhatsApp et SMS.

Les mails sont-ils pour vous un mal nécessaire, un outil pratique, un stress ?
C’est une nécessité. J’en reçois beaucoup. Mais j’avoue que j’aimerais bien avoir un outil d’IA pour en traiter certains plus rapidement parce que c’est vrai que, parfois, on peut être surchargé.

Vous parlez de l’IA : quel usage en faites-vous, personnellement ?
Je m’en sers très souvent. Pour rechercher de l’information sur un sujet, pour m’aider à faire une synthèse, pour me donner des idées, pour résumer des documents… Je l’utilise vraiment tous les jours et même plusieurs fois par jour.

Consultez-vous régulièrement les réseaux sociaux ? Et si oui, lesquels ?
La denrée la plus rare pour moi, c’est le temps. C’est ce qui me manque le plus. Je ne peux donc pas passer des heures sur les réseaux sociaux, que je consulte donc très modérément. Je suis sur LinkedIn à titre professionnel, où je poste des contenus que nous préparons avec l’équipe communication. Je me suis inscrite sur Facebook il y a très longtemps, pratiquement à son arrivée en France, parce que mes filles voulaient y être mais je n’y vais pratiquement jamais, de même qu’Instagram que j’utilise assez rarement. J’étais sur Twitter, mais je n’y poste plus rien, il m’arrive juste encore de temps en temps d’y aller pour suivre l’actualité de certains clients ou des personnalités politiques. Disons que c’est du zapping maîtrisé.

Quel est le dernier contenu que vous avez "liké" ?
C’était sur LinkedIn, à propos du tout nouveau hub que nous avons inauguré à São Paulo. C’est un centre logistique ultramoderne. 45 % de notre chiffre d’affaires se fait aujourd’hui à l’international.

Avez-vous un émoji préféré pour répondre aux messages ?
J’en utilise vraiment beaucoup, je trouve que c’est assez utile et plaisant. Les classiques comme le pouce levé, les mains pour remercier. Mais j’aime bien aussi celui qui s’interroge, avec les deux doigts sous le menton et un point d’interrogation.

Réussissez-vous à avoir de vrais moments de déconnexion ?
Pas assez. Mais si je décide d’aller faire une heure de sport, surtout de yoga, de gym ou de stretching, en général, je ne regarde pas trop le téléphone.

Avez-vous le temps de lire ?
J’adore lire, même si je lis moins que lorsque j’étais plus jeune. Il y a plusieurs livres que j’ai lus récemment et qui m’ont beaucoup plu. Je pense notamment à Mon vrai nom est Élisabeth, d’Adèle Yon, un récit autobiographique, sur une femme que sa famille avait fait interner et lobotomiser et, plus généralement, sur les traitements pratiqués sur les femmes en psychiatrie dans les années 1950 à 1970 en France, mais aussi sur la place des femmes dans la famille. J’ai également lu le livre de Benjamin Fogel – qui est un de nos Postiers. Il a écrit Les évadés du convoi 53, qui raconte l’évasion de treize déportés depuis Drancy vers un camp d’extermination en 1943, dont son grand-père. C’est un livre que j’ai trouvé vraiment formidable.

Vous avez beaucoup de Postiers qui écrivent ?
Oui et nous avons également une fondation d’entreprise qui honore la lecture et l’écriture. Nous avons plusieurs prix, comme, justement, le prix des Postières et Postiers écrivains, mais aussi le prix "Envoyé par La Poste", qui récompense un primo-romancier dont le manuscrit a été envoyé à un éditeur par voie postale. Nous nous associons également à des prix littéraires, comme le prix Wepler.

Est-ce qu’il y a un livre que vous aimez particulièrement offrir ou que vous avez souvent offert ?
Il m’arrive d’offrir régulièrement Antigone, de Jean Anouilh. C’est un personnage féminin très fort, indépendant d’esprit, avec des convictions, capable de résister à des règles familiales strictes, mais aussi aux règles de la Cité. C’est un personnage assez jeune et qui a cette force de caractère incroyable, qui va jusqu’au sacrifice. Je trouve que c’est un texte très fort. Et j’aime même converti l’une de mes filles, qui l’a aussi parfois offert autour d’elle.

Est-ce qu’il y a un auteur qui vous a particulièrement marqué ?
Il y en a tellement… Mais parmi les livres que je relis régulièrement, outre Antigone, il y a aussi La Mort à Venise de Thomas Mann. Dans un tout autre registre, je suis aussi assez admirative de l’univers créé par J.K. Rowling avec Harry Potter, qui a permis de convertir des millions de jeunes à la lecture. On voit le pouvoir de la littérature, avec toute une génération qui a grandi avec cette histoire. Pour La Poste, qui aime l’écrit, c’est rassurant de voir que ce n’est pas toujours vrai de dire que les jeunes ne lisent plus.

Regardez-vous des séries ? Lesquelles avez-vous aimé ?
Oui et de tous types, comme Chernobyl, The Crown, le Bureau des légendes ou le Jeu de la dame, sur les échecs, avec là encore un personnage féminin très fort. Je viens de commencer à regarder Dans l’ombre, après avoir rencontré l’une des productrices. C’est une série politique dont le scénario est inspiré du livre d’un ancien Premier ministre.

Avez-vous un film culte ?
Le Dîner de cons.

Et une réplique culte ?
Il y a en tellement dans ce film ! "Il a une vraie tête de vainqueur", s’il faut en choisir une.

Et un film avec La Poste ?
Évidemment Bienvenue chez les Ch’tis, ou, plus ancien, Jour de fête de Jacques Tati.

Si une actrice devait jouer votre rôle et incarner la présidente de La Poste, qui aimeriez-vous que cela soit ?
Tant qu’à répondre, autant choisir celle qui est, à mon avis, la plus grande actrice actuelle : Meryl Streep. Elle peut tout jouer, tout faire : chanter dans Mamma Mia !, incarner Margaret Thatcher dans La Dame de fer, diriger un grand quotidien dans Pentagon Papers… Elle a une palette de jeu absolument incroyable.

Écoutez-vous des podcasts ?
Oui en étant, là encore, plus zappeuse. Je ne suis pas fidèle à un podcast en particulier, j’écoute en fonction des thèmes qui m’intéressent. J’aime aussi beaucoup les livres audio.

Sortez-vous régulièrement au théâtre, au cinéma ?
Pratiquement tous les week-ends. Nous avons la chance d’avoir une programmation théâtrale riche et variée à Paris, c’est vraiment prodigieux. Et c’est très pratique car j’ai du mal à prévoir mes sorties à l’avance, mais l’offre est tellement large qu’on trouve toujours des places, même à la dernière minute. J’aime beaucoup notamment le théâtre Hébertot, Marigny, l’Atelier… Tout récemment j’ai vu Le Chant des lions, une pièce qui rend hommage au chant des partisans et à la Résistance, au théâtre Tristan Bernard. J’ai aussi beaucoup aimé le Cercle des poètes disparus, avec une troupe de jeunes comédiens remarquables.

Si vous aviez la possibilité de créer votre propre festival, quelle serait pour vous l’affiche idéale ?
Je mélangerais Barbara et Freddie Mercury.

Avez-vous eu la chance de les voir sur scène ?
Barbara, oui. Freddie Mercury, non.

Est-ce qu’il y a des artistes que vous regrettez de n’avoir jamais vus ?
J’ai eu la chance de voir Charles Aznavour sur scène à 90 ans, des gens comme Higelin, les Stones… Mais dans la série des chanteurs qui sont morts à 27 ans, il y en a beaucoup que j’ai manqué et que j’aurais bien aimé voir.

Est-ce qu’il y a un air, une chanson que vous pourriez chanter en allant travailler ?
Je chante extrêmement faux et j’ai une capacité de mémorisation très mauvaise pour les chansons. Je choisirais donc un tube de variété française, comme Mourir sur scène de Dalida, ou l’Aziza de Balavoine.

Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous avez débuté et qui vous sert encore aujourd’hui, ou auquel vous repensez parfois ?
Ce n’est pas un conseil, mais plutôt une bonne pratique. Xavier Gouyou-Beauchamps, le directeur général de France 3 auprès de qui j’ai débuté, m’a montré à quel point il était important d’aller sur le terrain. Et c’est en effet quelque chose que je continue de faire.

Si vous aviez la possibilité de demander à un grand peintre du passé de vous faire un timbre… à qui confiriez-vous cette tâche ?
La Poste a fait beaucoup de timbres avec des tableaux. Tous magnifiques. Mais si je devais en choisir un je vous dirais Picasso. C’est un peintre que je trouve absolument fantastique, avec un talent fou de dessin et de créativité.

Vous qui êtes Présidente du Groupe La Poste, de quelle figure historique, réelle ou fictive, rêveriez-vous de recevoir une lettre ?
Tout en étant complètement athée, je pense que je vous dirais Mère Thérésa. Parce qu’elle a vécu des choses incroyables, qu’elle a aidé les communautés en Inde et que sa vie a été très riche.

Et quelle est la dernière personne à laquelle vous ayez envoyé une lettre ?
À ma belle-sœur, il y a trois jours, pour son anniversaire de 60 ans. Et la lettre est évidemment arrivée à temps !

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