Face aux menaces, vers un commissariat européen à la Sécurité économique ? (EPC) >
L’European Policy Centre publie le premier numéro d’une revue consacrée à la "sécurité économique européenne". Diagnostic : l’UE accumule les instruments mais le tout manque de cohérence.
- Le constat. L’expression "sécurité économique" s’est imposée dans le vocabulaire bruxellois en deux ans. Mais que recouvre-t-elle exactement ? La première livraison de la Brussels Economic Security Review, corédigée par une dizaine d’experts issus de grands laboratoires d’idées, se propose d’ouvrir "une nouvelle fenêtre" vers "plus de sécurité économique dans ce nouveau monde incertain". Si l’UE dispose d’outils (filtrage des investissements, mécanisme anti-coercition, contrôle des exportations technologiques, règlement sur les subventions étrangères…), le chemin est encore long jusqu’à une véritable "sécurité économique".
- Ce que montre la revue. On peut identifier trois déficits structurels de l’UE. D’abord, un déficit analytique : l’UE manque d’un appareil de renseignement économique, d’analyse stratégique et d’anticipation des dépendances comparable au Bureau of Industry and Security américain. Ensuite, un déficit décisionnel : les arbitrages entre commerce et sécurité restent otages de la mécanique intergouvernementale, chaque État membre défendant ses intérêts industriels nationaux. Enfin, un déficit d’image, la légitime protection demeurant parfois un sujet tabou en l’absence d’un narratif européen autonome. Edward Fishman, ex-responsable du département d’État américain, avertit que l’Europe sous-estime encore la vitesse à laquelle les outils économiques sont devenus des armes géopolitiques.
- Pourquoi c’est important. En lançant une publication régulière entièrement dédiée à la sécurité économique, l’EPC parie que le sujet s’installera durablement dans le débat européen. La revue servira de tableau de bord pour mesurer l’avancée de l’UE dans un domaine où la Chine et les États-Unis ont pris une longueur d’avance. L’enjeu n’est pas d’imiter Washington ou Pékin, concluent les auteurs, mais d’inventer un modèle européen, qui protège sans enfermer. Un exercice d’équilibriste qui pourrait être confié à un commissariat à la Sécurité économique. De sa doctrine dépendrait pour beaucoup la puissance (ou de l’impuissance) du continent.
- Pour aller plus loin. La revue est disponible gratuitement en ligne, via ce lien.