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Le Lab / Guerre / 27/07/2026

"Désordre maîtrisé" : penser l’après-guerre avec la Russie (ECFR)

Sept experts publient une feuille de route pour préparer l’après-cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine. Leur thèse : si la paix reste peu probable, le chaos n’est pas une fatalité.

Bâtiment détruit, en Ukraine (photo Jade Koroliuk/Unsplash).
  • Le constat. La note, rédigée par sept experts européens et américains réunis par l’ECFR, s’ouvre sur un scénario : nous sommes en 2028, dix-huit mois après un cessez-le-feu. Les forces russes tiennent toujours les territoires occupés, aucune mission d’observation n’existe, les garanties européennes restent floues, l’appui américain mal défini. Des mouvements de blindés sont détectés : en quarante-huit heures, les tirs reprennent. Ce sont là, écrivent les auteurs, les conditions qui précèdent les guerres catastrophiques, sans perspective de règlement politique : blessures trop profondes, forces trop équilibrées.
  • La méthode. D’où la notion de "désordre maîtrisé" qu’ils développent : non pas la réconciliation, mais une rivalité rendue prévisible. Le dispositif se déploie en plusieurs étapes, du gel du statu quo à l’institutionnalisation, au-delà de dix ans, avec deux tables de négociations autonomes : Ukraine-Russie et Otan-Russie, afin d’empêcher Moscou de se servir de l’une pour obtenir des concessions de l’autre. Militairement, Kiev deviendrait un "porc-épic d’acier", armé pour dissuader mais non pour frapper en profondeur, sur le modèle de l’ex-République fédérale d’Allemagne, au temps du rideau de fer. Côté européen, un noyau dur – France, Allemagne, Pologne, Royaume-Uni, pays nordiques et baltes – fixerait à l’avance ce qui constitue une violation et ce qui équivaut à une récompense. La gouvernance s’inspire de l’accord iranien de 2015 : sanction ou levée s’appliquent d’office, sauf blocage à la majorité qualifiée.
  • Pourquoi c’est important. La proposition est ingrate, les auteurs l’assument : ni justice pour l’Ukraine, ni autonomie stratégique pour l’Europe. Mais ils jugent pires ou plus lointaines les quatre options concurrentes – changement de régime à Moscou, isolement permanent, normalisation, confrontation non pilotée. La dernière est la plus probable, parce qu’elle n’exige aucune décision. Elle demeure cependant moins souhaitable que le "désordre maîtrisé", solution de moindre mal que les auteurs appellent de leurs vœux.
Cette semaine, dans la rubrique Le Lab