Une fois les maires élus, quel renouveau de la démocratie communale ? >
Hier, dimanche, 93 % des communes auront déjà choisi leurs maires… souvent faute de candidats et de listes. Des communes où le pouvoir s’exercera donc pratiquement sans opposition pendant six ans.
- Les chiffres du premier tour. Ce 15 mars, 93 % des 35 000 communes où 900 000 candidats étaient en lice (sur 50 000 listes) auront choisi leurs maires, a annoncé Martial Foucault, professeur à Sciences Po Paris, ce 11 mars dans le Figaro. Car 68 % d’entre elles, aussi petites que nombreuses - elles sont 24 000, qui comptent 661 habitants en moyenne - ne proposaient qu’une liste, et 25 % seulement deux. Forcément, le débat et la confrontation des alternatives, y auront été réduits. Le pouvoir s’y exercera donc pendant six ans sans opposition, ni contre-pouvoir.
- Au second tour. Ne voteront donc à nouveau ce 22 mars que les électeurs de 2 300 communes… qui concentrent toutefois 37 millions de citoyens, soit 54 % de la population. Le choix initial y était plus large : 11 villes y comptaient même 10 listes ou plus, et jusqu’à 13 à Montpellier et Strasbourg. Mais, conjugué au seuil de maintien à 10 % des suffrages exprimés, ce large éventail de choix permet aussi, sauf fusion, le maintien au second tour de 3, 4 voire 5 listes. Dans ces cas, on parle de "triangulaire", "quadrangulaire" ou "quinquangulaire" (ou "pentagulaire"). Mais cette dispersion - et les fusions ou retraits éventuels - rendent plus incertaine l’obtention de la "prime majoritaire" prévue par la loi, qui attribue d’emblée à la liste arrivée en tête au second tour, 50 % des sièges de conseillers municipaux (le reste étant réparti à la proportionnelle), sauf à Paris, Lyon et Marseille, où cette "prime" est réduite à 25 %. D’où l’intérêt, pour les listes qui briguent la première place, d’obtenir, ou le retrait de listes dont les électeurs sont susceptibles de se reporter sur elles, ou la "fusion" avec la leur.
- Le cas de Paris. Seules les listes ayant obtenu ce 15 mars plus de 10 % des suffrages exprimés, sont qualifiées pour se présenter au second, le 22. Celles ayant recueilli plus de 5 % (et moins de 10 %) peuvent aussi fusionner avec celles restant en course. Pour celles-ci, les journées - et les nuits - pourraient être longues, ces 16 et 17 mars. Sachant que les déclarations de candidatures et les listes de candidat(e) s pour le deuxième tour doivent être déposées au plus tard à 18 heures ce 17 mars.
À Paris, par exemple, les deux listes menées par Emmanuel Grégoire pour les partis de gauche PS, PCF, Écologistes, Place Publique et L’Après et celle de Rachida Dati soutenue par LR, EPR, Modem et UDI, étaient assurées d’arriver en tête dimanche soir. En revanche, les listes d’extrême-gauche de Marielle Saulnier (Lutte Ouvrière) et Blandine Chauvel (NPA-Révolutionnaires) ne devaient pas franchir la barre des 5 %, celle de Thierry Mariani soutenue par le RN et l’UDR à l’extrême-droite, étant attendue autour de cet étiage.
Ce lundi, les listes Grégoire et Dati savent désormais si la liste conduite par Sophia Chikirou pour La France Insoumise, et celles menées par Pierre-Yves Bournazel soutenue par Horizons et Renaissance et par Sarah Knafo pour Reconquête ont passé (ou pas) la barre des 10 %. Reste à savoir si elles se maintiennent, ou pas. Emmanuel Grégoire a jusqu’alors indiqué qu’il refuserait la "fusion technique" demandée par LFI. Comme Rachida Dati a annoncé refuser l’"union des droites" proposée par Sarah Knafo. Tandis que Pierre-Yves Bournazel a annoncé que sa liste se maintiendra au second tour… au risque d’être accusé de "faire perdre" la liste Dati. - La "démographie" des élus. Désormais exigée aussi dans les petites communes, la parité des conseils municipaux sera réalisée, avec 51 % de candidats pour 49 % de candidates. En revanche, celle des responsabilités restera à parfaire : seules 25 % des têtes de listes au premier tour étaient des femmes. Enfin, sauf séisme improbable, le renouvellement des élus locaux devrait rester relatif, en raison notamment de l’avantage dont bénéficient les sortants. Ce 15 mars, 54 % des conseillers municipaux se représentaient, contre 42 % en 2020. Et en 2020, 60 % des maires avaient été réélus. À suivre aussi, la proportion de retraités parmi les maires qui seront élus la semaine prochaine : elle était de 40 % en 2020.
- Pour aller plus loin. Une fois les maires élus, comment renouveler la démocratie locale ? C’est à cette question que tentent de répondre Martial Foucault, professeur à Sciences Po Paris et Éric Kerrouche, directeur de recherche au CEVIPOF et sénateur des Landes, dans leur livre, Casse-tête démocratique (éditions de l’Aube). Ils s’efforcent de dénouer ce paradoxe qui veut, d’un côté que les Français se disent attachés à la commune et aux élus de proximité, mais de l’autre, que leurs élus démissionnent de plus en plus souvent et que la participation baisse, bref que la démocratie locale fonctionne mal. Pour assurer son renouveau, ils suggèrent notamment de ramener à 25 % la prime de 50 % des sièges aux conseils municipaux attribuée à la liste arrivée en tête, comme c’est déjà le cas à Paris, Lyon et Marseille (depuis la loi "PLM" du 11 août 2025), afin d’accentuer le pluralisme des conseils. Dans le même sens, ils proposent de renforcer le statut de l’opposition. Ils avancent également l’idée toute simple de réduire la taille des conseils municipaux des petites communes, pour faciliter la constitution des listes. Ils souhaitent également voir clarifié le partage des responsabilités entre l’État et les communes en redonnant à celles-ci des marges de manœuvre. En affirmant que "la démocratie ne se résume pas au vote", ils proposent encore, afin d’améliorer sa vitalité, de créer des espaces de délibération locale (conseils citoyens, réunions de quartier…), où exposer et discuter avec les citoyens les décisions, leurs contraintes et leur cheminement.
Montée des violences, des incivilités jusqu’aux menaces et au narcotrafic, individualisme accru, inflation normative, judiciarisation des rapports, relations conflictuelles avec l’État, défense de la laïcité… Maires, adjoints ou conseillers municipaux, les nouveaux élus des jours à venir prendront dans ce livre, fruit d’une quarantaine de témoignages de maires recueillis par les journalistes Jean-Pierre Bédéï et Annabel Roger, la mesure des défis auxquels ils seront bientôt confrontés.
L’écœurement des maires, de Jean-Pierre Bédéï et Annabel Roger, aux éditions Plon, 20 euros.