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Story de la semaine / Zone euro / 26/02/2024

Quel pays a le mieux résisté aux chocs externes ?

D epuis début 2020, la zone euro a été confrontée à de nombreux vents contraires : que ce soit le choc pandémique ayant conduit à mettre les économies sous cloche, le choc inflationniste nourri entre autres par les tensions affectant les chaînes d'approvisionnement ou encore le choc énergétique lié à l'agression de l'Ukraine par la Russie. Aujourd'hui, il apparaît que les trajectoires relatives des trois plus grandes économies du Vieux continent n'avaient rien d'une évidence.

L'Italie fait la course (largement) en tête

Souvent qualifiée d'« homme malade de l'Europe », l'Italie a enregistré une performance économique surprenante depuis le quatrième trimestre 2019.  Son Produit intérieur brut (PIB) en volume a progressé de 3,6 %, tandis que celui de la France a connu une hausse de « seulement » 1,8 %. L'Allemagne, quant à elle, véritable locomotive de la zone euro au cours de la décennie précédente, n'a vu sa richesse nationale augmenter « que » de 0,1 %.

Pourtant, au sortir de l'année 2020, alors que le pire de la crise pandémique était derrière nous, l'Italie était dans une position bien moins favorable que ses deux concurrents. Son PIB a reculé de 6 % sur un an, contre 4 % pour la France et 2,1 % outre-Rhin où furent mises en œuvre des mesures de restriction sanitaires bien moins contraignantes pour l'économie. « Les craintes étaient fortes à l'époque à propos de la résilience de l'économie italienne, notamment à cause de son haut niveau d'endettement », nous explique Charles-Henri Colombier, directeur du pôle Conjoncture et Perspectives de Rexecode. Mal-gré cela, l'Italie est la première à avoir retrouvé le niveau d'activité qui était le sien avant la crise pandémique (troisième trimestre 2021), en battant la France d'un trimestre et l'Allemagne de six mois. Pourtant, les chocs inflationniste et énergé-tique auraient pu lui compliquer la tâche. En effet, de l'autre côté des Alpes, les prix à la consommation ont progressé de 17,2 %, contre 14,9 % dans l'Hexagone, entre décembre 2019 et décembre 2023.

L'Italie recevra 190 milliards d'euros en prêts et subventions, le montant le plus élevé de toute l'Union européenne.

Le plan de relance européen en ange gardien

Les causes de la rapidité et de la robustesse de cette reprise sont notamment à chercher du côté de la politique économique menée par l'Europe. En effet, à l'été 2020, à la suite des premiers confinements, les 27 pays de l'Union européenne se sont accordés pour mettre sur pied un plan de relance de 800 milliards d'euros (prix courants). Il avait pour objectif d'atténuer les conséquences économiques et sociales de la pandémie et doper, notamment, les transitions numérique et écologique au sein des États européens. Entre 2021 et 2026, plusieurs centaines de milliards d'euros seront versées aux États membres ayant fait une demande de prêts ou de subventions, des centaines de milliards dont ils pourront bénéficier sous réserve qu'ils respectent des jalons (objectifs quantitatifs) et des cibles (objectifs qualitatifs) prévus dans les plans de relance qu'ils ont présentés à Bruxelles. L'Italie recevra 190 milliards d'euros, soit le montant le plus élevé de toute l'Union européenne en valeur absolue, dont près de 40 % sous forme de subventions. Cela représente plus de 10 points de son PIB, quand la France et l'Allemagne percevront des sommes représentant respectivement 1,6 % et 0,73 % de leur PIB. « Certains des investissements que l'Italie a lancés n'auraient pas pu voir le jour sans ces fonds européens », souligne Charles-Henri Colombier. À date, l'Italie a touché 100 milliards d'euros.

Boom de l'investissement résidentiel

Parmi les dépenses que l'Italie a pu mener pour relancer son économie, on trouve le « superbonus habitat » mis en place par le gouvernement de Giuseppe Conte. Il s'agit d'un crédit d'impôt à destination des ménages pouvant s'élever à 110 % du coût des travaux qu'ils réalisent en matière de rénovation énergétique (isolation thermique, systèmes de climatisation et de chauffage, bornes de recharge pour véhicules électriques et production d'énergies renouvelables). Le succès de ce dispositif a été massif et explique pourquoi en l'espace de quatre ans, le secteur de la construction a vu sa valeur ajoutée être dopée d'environ 30 %, tandis que l'investissement résidentiel en volume a crû de moitié. Tant et si bien que « plus des deux tiers de la croissance économique italienne depuis le dernier trimestre 2019 trouvent leur origine dans celle de l'investissement résidentiel », fait remarquer Charles-Henri Colombier. Le coût de cette mesure a été estimé à plus de 100 milliards d'euros pour les finances publiques italiennes, en conséquence de quoi, le taux du crédit d'impôt a été révisé à 90 % en 2023, 70 % en 2024 et 65 % en 2025. Toujours en alerte sur ces problématiques, le Fonds monétaire international (FMI) s'est d'ailleurs montré particulièrement critique envers le « superbonus », le jugeant inefficace car pouvant générer des effets d'aubaine, sans compter qu'il n'aurait permis qu'une réduction modeste des émissions de gaz à effet de serre.

Un retour à la normale escompté

Cette croissance, jugée par certains en partie artificielle et déséquilibrée, a déjà perdu de l'altitude en 2023, n'ayant atteint que 0,7 %, après 3,9 % en 2022. Cette année, la Commission européenne s'attend à ce qu'elle se maintienne à 0,7 %. Le pouvoir d'achat des ménages devrait bénéficier de la désinflation et de l'augmentation des salaires dans le contexte d'un marché du travail résistant, quand l'investissement devrait se redresser sous l'effet des projets d'infrastructure financés par le gouvernement et le plan de relance, qui devraient compenser la baisse des dépenses dans la construction de logements, anticipe l'institution dirigée par Ursula von der Leyen. De son côté, la France devrait enregistrer une croissance de 0,9 %, tandis que l'activité économique allemande pourrait augmenter de 0,3 %, d'après Bruxelles.

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