Pourquoi BPCE lance la « smart consolidation bancaire » >
L'annonce par le groupe BPCE d'une opération de simplification passant par une offre publique d'achat simplifiée visant les actions Natixis n'a constitué qu'une demi-surprise. La rumeur en avait couru au cours de l'été lors de la démission de François Riahi, ex-collaborateur de François Pérol à l'Élysée, devenu patron de Natixis lorsque Laurent Mignon a été nommé président du directoire du groupe BPCE. Mais si le projet existait sans doute dans les têtes ou dans certaines discussions il n'était pas suffisamment formulé. Ce qui a obligé BPCE à nier officiellement. Et la réglementation boursière fait en sorte que ces démentis soient respectés pendant au moins six mois.
Ce « délai de viduité » étant écoulé et la publication des comptes de Natixis obligeant à faire une communication au marché, le groupe BPCE a saisi cette occasion pour annoncer le lancement d'une OPA simplifiée sur l'ensemble du « flottant » de la banque de financement, soit 29,3 % du capital sur la base d'un prix de 4 euros (coupon attaché). Pour le groupe bancaire dirigé par Laurent Mignon cela va entraîner une sortie en numéraire de 3,7 milliards d'euros. Et si certains épargnants ont poussé des cris d'orfraie en rappelant que l'action Natixis a été introduite sur la base de 19,55 euros, le prix payé est généreux puisqu'il repré-sente presque une fois le montant des capitaux propres alors que la moyenne des valeurs bancaires se négocie sur la base de 50 % de la « book value ».
Le prix payé est généreux puisqu'il représente presque une fois le montant des capitaux propres.
La cotation est devenue un handicap à cause du coût du capitalDe la sorte, BPCE va devenir le premier groupe bancaire européen non coté. Et c'est là l'essentiel. Alors qu'il y a une quinzaine d'années, une banque mutualiste comme le Crédit Agricole faisait des pieds et des mains pour figurer sur les écrans de cotation, aujourd'hui la banque dirigée par Laurent Mignon envoie un signal fort. Celui qu'être coté est devenu un handicap pour des établissements bancaires. D'abord parce qu'ils doivent détenir énormément de capital. Ce capital a un coût qui ne peut plus être assumé. Surtout quand le régulateur européen interdit le versement de dividendes.
Mais l'opération Natixis doit interpeller les pouvoirs publics et les régulateurs européens. Si BPCE est heureux de ne pas être coté en Bourse, et bientôt de ne plus avoir de filiale cotée, c'est parce que la cotation pour une banque est synonyme de destruction de valeur, dans la mesure où elles sont pratiquement toutes cotées très en dessous de leur valeur d'actif. Et ce phénomène s'explique de deux manières. D'une part les « coussins » de capitaux propres exigés par le régulateur en Europe – mais pas aux États-Unis, d'où un problème de distorsion de concurrence – ne sont pas tant faits pour absorber le coût du risque et les chocs économiques, mais pour rassurer les opinions publiques et les gouvernants. Ces matelas n'ont donc aucune justification macroéconomique ou microéconomique. Pas davantage que les nouvelles normes comptables qui ont précédé ces changements de régulation afin d'imposer une lecture des comptes par le bilan et non par le compte de résultat.
En attendant le nouveau plan stratégiqueD'autre part, le groupe BPCE va désormais pouvoir être géré de manière bien plus agile et sans les contraintes des ratios boursiers tout en se musclant par l'intégration de Natixis, qui est sa banque de financement, d'investissement et de gestion d'actifs. Et cela sans coût supplémentaire, puisque le rachat des minoritaires de Natixis va faire apparaître un léger badwill (différence positive entre les capitaux propres et le prix d'acquisition). Une opération comptable qui va venir renforcer, nolens volens, les fonds propres de BPCE en fonction d'une nouvelle règle récemment émise par la BCE. Après cette étape de « smart consolidation », il restera à Laurent Mignon à faire son plan stratégique 2021-2024. Et quelle part il accorde, dans cette trajectoire, à une éventuelle croissance externe dans la mesure où il a toujours exprimé sa méfiance sur les opérations transfrontières. Encore quelques semaines de suspense.