ENTREPRISES – FINANCE – MARCHÉS /
05/10/2020
Pétrole Comment Total a préparé depuis des mois sa stratégie 2030 >
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endant que le microcosme parisien était obnubilé par la bataille Veolia-Suez, tout ce que le monde de l'énergie compte d'analystes et d'experts a passé les journées des 29 et 30 septembre en visioconférence avec les dirigeants de Total. Ce rendez-vous, qui a lieu chaque année sous la forme d'investor day, était beaucoup plus attendu cette année depuis quePatrick Pouyanné,le patron de Total, a annoncé, en mai dernier, l'ambition du groupe pétrolier d'afficher une neutralité carbone en 2050. De quoi soulever beaucoup de questions et autant d'attentes de la part des analystes financiers, comme des actionnaires et des parties prenantes.
Il faut remonter en 2011 pour comprendre la genèse de cette profonde évolution stratégique. Cette année-là, Christophe de Margerie, qui a passé sa vie à chercher et à produire du pétrole, décide de l'acquisition de Sun Power pour 900 millions d'euros. Peu nombreux sont ceux qui comprennent cette opération décisive. Car elle permet à la fois à Total d'entrer sur le marché de l'électricité par l'intermédiaire du renouvelable. Même Patrick Pouyanné, qui s'occupe alors de la branche Raffinage, y est opposé. Mais à peine est-il devenu patron de Total, après la mort tragique de Christophe de Margerie, qu'il multiplie les petites acquisitions dans deux domaines : le gaz et l'électricité.
Patrick Pouyanné a annoncé, en mai dernier, l'ambition du groupe pétrolier d'afficher une neutralité carbone en 2050.
Le groupe ne peut plus reposer que sur le pétrole
C'est ce qui amène à la création d'une nouvelle branche, en 2016, dénommée GRP (Gas, Renewables & Power) confiée à Philippe Sauquet, un X-Ponts qui est entré chez Total en 1990. Un an après les accords de Paris et les engagements pris pour réduire les émissions de carbone, Patrick Pouyanné fait prendre conscience à ses administrateurs, comme à son comité exécutif, que le groupe va devoir faire évoluer son mix énergétique et ne plus reposer que sur le pétrole. Pendant que la normalienne, Helle Kristoffersen, directrice chargée de la stratégie, de l'innovation et du climat commence à travailler avec le groupe d'investisseurs Climate Action 100+ – dont le but est de peser sur les grands émetteurs de gaz à effet de serre – sur les ambitions que Total peut se fixer, Philippe Sauquet et Patrick Pouyanné affinent leur stratégie visant à développer le groupe dans le gaz et l'électricité, avec une réflexion à l'échelle mondiale. La majeure partie de ce travail a lieu entre octobre 2019 et mars 2020.
Élaborer la meilleure allocation du cash-flow de Total
Reste ensuite à partager tout ce travail avec les autres membres du comité exécutif et les financiers du groupe afin de voir comment cette évolution stratégique peut réellement créer de la valeur, sans attendre l'échéance de 2050. Ce travail a lieu pendant tout le printemps et jusqu'au début de l'été. Le comité stratégique du conseil d'administration est progressivement associé à tous ces travaux. Et les travaux de modélisation financière se multiplient pour tenter d'élaborer la meilleure allocation du cash-flow de Total. Car comme l'expliquait en juillet Patrick Pouyanné dans une longue interview au Point : « Plutôt que de mettre 1 milliard d'euros en Europe pour des faibles réductions d'émissions de carbone, le même milliard investi dans la transition énergétique en Inde, où l'on utilise énormément de charbon, serait cent fois plus efficace. » C'est la raison pour laquelle Helle Kristoffersen est chargée de préparer un « Energy Outlook », à la manière de ce que fait BP, qui sera présenté aux analystes avant le plan de transformation stratégique de Total.
Enfin, à partir du 23 août dernier, deux à trois fois par semaine, Patrick Pouyanné planche sur les « slides » qui ont été présentées aux investisseurs, lors de réunions qui durent quelquefois sept heures. Si bien que chaque planche du PowerPoint a été refaite entre 70 et 80 fois en un mois. Mais le résultat est là. À l'issue de la présentation du nouveau plan stratégique, l'action Total bondit de 4 % dans un marché pourtant atone. Même si le plus dur reste à faire : délivrer aux actionnaires les projections annoncées. l
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