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Coffee Talk / David Abiker / 02/10/2026

David Abiker :
"J’ai fait lire C’était ça ou mourir à ChatGPT, il a beaucoup aimé."

David Abiker présente la matinale de Radio Classique, du lundi au vendredi de 7 heures à 9 heures. Il est également chroniqueur au Parisien Week-End. Pour la Lettre de l’Expansion, ce lève-tôt a accepté de prolonger sa matinée autour d’un café… et de nous livrer ses centres d’intérêt.

David Abiker et son chien Obi (photo D.R.).

Comment vous réveillez-vous le matin ? Avec les infos à la radio, de la musique ou le bip-bip du réveil ?
Un baiser langoureux de ma femme à 4 heures du matin. En fait, non. Le bip-bip du réveil, que j’éteins immédiatement pour éviter de la réveiller.

Comment vous informez-vous au quotidien ? Quelles sont vos lectures du matin ?
Les journaux et la radio d’information d’État. J’ajoute la lecture des livres de mes invités, qui est une forme d’information au long cours. La conversation d’Hervé Gattegno dont je partage le bureau et qui assure la revue de presse de Radio Classique. Il sait tout sur tout et s’en souvient. Je pense que c’est un mutant. Mes collègues de Radio Classique sont un excellent moyen de s’informer.

Quelle est l’information qui pourrait, en ce moment, vous mettre de bonne humeur ?
Une pluie régulière sur mon jardin et sur les champs et forêts de France, qui manquent de précipitations régulières. Et 3 points de croissance en plus dans les prévisions de l’INSEE.

Regardez-vous votre téléphone dès que vous vous levez ?
Oui, en prenant mon café dans la cuisine, devant mon chien, qui se réveille bien avant mon épouse.

Redoutez-vous d’y lire ou d’y voir quelque chose ?
J’y ai appris, depuis cinq ans, le Covid, l’invasion de l’Ukraine, le massacre du 7 octobre 2023, l’intensification des guerres au Proche-Orient. Que voulez-vous que je redoute de plus ? Un lâcher de bombes sur Paris, peut-être ou le retour de la peste noire ?

Et est-ce que vous y jetez un coup d’œil avant de vous coucher ?
Oui, je regarde les unes des journaux sur les applis correspondantes et la météo du lendemain. Je vais au bureau à pied, donc je prévois un vêtement de pluie si nécessaire… Mais, comme je vous l’ai dit, il ne pleut pas assez…

Si vous avez 15 minutes à attendre, à perdre, que consultez-vous sur votre téléphone ?
J’espère des nouvelles de ma femme, via un SMS, un signe de vie, mais souvent elle dort ou alors elle est très occupée par son travail d’avocate fiscaliste (la pression fiscale en France est de 45,3 % du PIB). Je sais qu’un jour nous nous retrouverons, j’en suis sûr. Pourvu qu’elle me reconnaisse. Je regarde aussi mon agenda : j’ai tendance à oublier les rendez-vous et les visioconférences.

Consultez-vous régulièrement les réseaux sociaux ?
Mes comptes Instagram et LinkedIn, où j’ai respectivement 54 000 et 228 000 abonnés (dont 80 % dorment, comme ma femme). J’y poste principalement des extraits d’interviews de la matinale et mes chroniques du Parisien Week-End. J’y annonce aussi mes invités et partage avec mes abonnés les contenus de Radio Classique. Idem pour Insta.

Quel est le dernier contenu que vous avez "liké" ?
La recette de la soupe au pistou de Vincent Ferniot, le chef cuisinier. De tous les influenceurs gastronomiques, c’est le meilleur et de loin. Il ne triche pas et parle vraiment de cuisine. Son univers gastronomique va au-delà des blancs de poulet et du paprika fumé. Ça change.

Y a-t-il des réseaux sociaux sur lesquels vous vous interdisez d’aller ou d’intervenir ?
Je ne comprends plus comment fonctionne Facebook, j’ai fermé ou mis mon compte en sommeil il y a longtemps. Je ne vais plus sur X. Quand je l’ouvre, un essaim de mouches en sort, je le referme immédiatement. J’avais 145 000 abonnés, j’ai fermé mon compte Twitter il y a huit ans sans regret.

Publiez-vous personnellement sur les réseaux sociaux ?
Oui. Insta surtout. Je publie les recettes des plats que je cuisine. Dernier en date : des coquillettes façon risotto au jus de carcasse de poulet, avec de la ciboulette. J’adore la ciboulette. Et les plats en sauce de type bourguignon, épaule d’agneau, etc.
Je publie aussi des photos de mon chien Obi, qui est très narcissique. Je ne poste aucune photo de mes proches. Je ne poste pas non plus de photos de mes vacances. Ma femme me l’interdit.

Le faites-vous vous-même ou avez-vous quelqu’un qui s’en charge lorsque c’est professionnel ?
J’ai demandé à Radio Classique de recruter une sorte de task force autour de moi : un community manager, un directeur de cabinet et une habilleuse. Bertrand Dermoncourt directeur de Radio Classique m’a ri au nez.

Quelle est la meilleure appli pour vous joindre, vous envoyer un message ?
Le texto, même si mes filles trouvent ça ringard.

Avez-vous un émoji préféré pour répondre sur les réseaux sociaux ou les messageries ? Ou un GIF favori ?
Je cherche depuis longtemps un GIF séfarade, mais je ne trouve pas.

Avez-vous de vrais moments de déconnexion ?
Oui, le week-end. Je jardine, je cuisine et je contemple ma femme dans le soleil de l’été indien. Parfois je crois à une apparition.

Les mails sont-ils pour vous un outil, une nécessité, un stress ?
La saveur des mails dépend de leur contenu. Les mails que j’attends avec le plus d’impatience sont ceux de Sophie Paolini, directrice de la rédaction de Radio Classique, qui donne la tonalité de l’info du lendemain, et ceux de François Vidal et Étienne Lefebvre pour leur éditorial de 7 h 10, celui d’Olivier Beaumont pour son billet sur les coulisses de la politique à 7 h 25, suivi de celui de Christian Makarian pour son Écho du Monde à 7 h 40, celui de David Barroux pour son décryptage de l’économie à 7 h 55 et celui de Guillaume Tabard pour son édito politique de 8 h 10. J’attends la chronique en direct pour découvrir le Journal Imprévisible de Marc Bourreau à 7 h 45. Ces mails contiennent les chroniques du lendemain, que je vais copier dans un document qui est mon conducteur de présentateur.

Combien en recevez-vous par jour ?
Une centaine.

Combien en recevez-vous d’utiles par jour ?
Dix max.

Quel usage faites-vous personnellement de l’intelligence artificielle ?
Je lui fais relire mes textes, voire mes SMS, pour qu’elle toilette mes fautes d’orthographe. Je l’utilise de plus en plus comme j’utilisais Google autrefois. Parfois, je trafique des photos de mes invités et j’ajoute le logo de Radio Classique ainsi que la couverture de leur bouquin et je poste ça sur mes réseaux.

À quel(s) moment(s) ouvrez-vous un livre ?
Tous les jours si mon invité a publié. En vacances. Et en marchant : j’écoute beaucoup de livres audio, car je marche beaucoup, notamment pour aller au travail et en revenir.

Quelle est la dernière lecture qui vous a touché ? Fait réfléchir ? Appris quelque chose ?
J’ai terminé la bio de Lénine par Stéphane Courtois. Elle m’a confirmé que le marxisme-léninisme n’a strictement rien à envier au national-socialisme en matière de cruauté et d’inefficacité économique. J’ai aussi lu récemment une biographie de Gaston Gallimard par Pierre Assouline. Et bien sûr, j’ai fait lire C’était ça ou mourir à ChatGPT, il a beaucoup aimé.

Qui vous recommande ou vous conseille vos lectures ? Amis, médias, blogs, libraires ?
Ma femme est une immense lectrice. C’est elle qui m’a recommandé par exemple Damon Copperhead de Barbara Kingsover, Prix Pulitzer 2022.

Quel est LE livre que vous aimez offrir à un ami ?
L’Amour conjugal, d’Alberto Moravia.

Quel est celui qu’on vous a offert et qui vous a marqué ?
L’Homme qui plantait des arbres, de Jean Giono.

Y a-t-il un auteur qui vous inspire ?
Philip Roth pour La Tâche et pour La Pastorale américaine.

Quelle est la série qui vous a récemment marqué ?
Wolf Hall. C’est la vie de Cromwell et son ascension à la cour d’Henri VIII d’Angleterre. Fantastique. Une bonne série me permet d’attirer ma femme près de moi durant nos heures d’éveil communes. Vous comprendrez que c’est stratégique.

Quelle série pouvez-vous nous recommander ?
Je pourrais vous en recommander des dizaines, mais ma préférée est sans doute The Loudest Voice, qui raconte en huit épisodes l’histoire de la création de Fox News et de son créateur, Roger Ailes, interprété par Russell Crowe. Une seule saison, idéal. J’en ajoute une autre, de la BBC. Elle date des années 70 : Moi, Claude, empereur, avec Derek Jacobi.

Avez-vous un film culte ? Une réplique culte ?
Oui, Mes meilleurs copains, de Jean-Marie Poiré.
- Dis donc, ton Bordeaux, il se boit comme de la petite bière ! (Jean-Pierre Darroussin)
- Ben si tu veux de la petite bière, y’en a plein le frigo… (Gérard Lanvin).
Un jour, Lanvin est venu sur le plateau de Canal +, où j’étais chroniqueur. Je lui ai dit la réplique de Darroussin, il m’a répondu du tac au tac. C’est un souvenir immense.

Quel film pouvez-vous voir et revoir avec, à chaque fois, le même plaisir ?
Le Parrain I et II tous les cinq ans. Il était une fois en Amérique, tous les 5 ans. Tout Scorsese, tout le temps.

Avez-vous un "petit plaisir coupable" en matière culturelle ?
Gloria, d’Umberto Tozzi.

Si un acteur devait jouer votre rôle, vous aimeriez que ce soit qui ?
Jeff Goldblum. En plus, il joue du piano. C’est mon regret : ne pas avoir appris. Grégory Derangère a joué d’une certaine façon mon personnage dans l’adaptation de mon premier livre, sur Arte, Le Musée de l’homme, le fabuleux déclin de l’empire masculin.

Si un auteur ou une autrice devait écrire ou raconter votre vie, qui choisiriez-vous ?
Ian Fleming, pour rouler au moins une fois dans ma vie en Aston Martin DB5 et devenir enfin alcoolique. Louis-Ferdinand Céline aussi, auteur formidable. L’obliger à écrire sur moi serait la meilleure façon de punir cet antisémite.

Écoutez-vous des podcasts ? Lesquels ?
Plein. Et des livres audio en pagaille. Lettre d’une inconnue de Zweig, lu par Léa Drucker.

Lequel pourriez-vous nous recommander ?
Les Grands Dossiers de l'Histoire, de Franck Ferrand, pour Radio Cladsique. Mais aussi la série inépuisable Toute une vie, de France Culture qui raconte la vie d’une personnalité marquante, et le livre audio, encore un, L’Amie prodigieuse, d’Elena Ferrante, lu par Marina Moncade.

Sortez-vous régulièrement au théâtre ? Au cinéma ? À l’Opéra ?
Ma femme, oui. Moi, jamais, à cause de mes horaires de matinale. Par contre, je vois régulièrement les éboueurs faire leur travail à 5 heures du matin.

Quels sont les derniers spectacles vivants que vous avez vus et qui vous ont fait vibrer ?
Le Père, un dimanche en matinée, avec Pierre Arditi. Céline Dion. J’y allais comme ça, pour sortir avec mon épouse, que ça amusait. On est ressortis subjugués.

Quelle serait l’affiche de votre concert idéal ?
J’aimerais assister au concert que Sinatra a donné au Sands, à Las Vegas, avec l’orchestre de Count Basie, et qui a fait l’objet d’un enregistrement que je vous recommande. Je voudrais aussi assister à un concert de Claudio Arrau interprétant les nocturnes de Chopin et y emmener mon père, qui adorait son interprétation. Les deux sont morts. Sinon, je vais présenter les trois concerts de Noël de Radio Classique les 12 et 13 décembre prochains au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, c’est un rendez-vous merveilleux avec le public de Radio Classique.

Quel chanteur ou groupe regrettez-vous de ne jamais avoir vu sur scène ?
J’aimerais avoir 14 ans et voir U2, que j’ai raté à Marseille en 1983 ou 1984, je ne sais plus. Il faut avoir moins de 20 ans pour vraiment apprécier un concert de Rock. Au-delà, on réfléchit trop.

Quel air, quelle chanson pourriez-vous chantonner sur le chemin du travail ?
Je chante tout le temps. Je pense être un sosie vocal de Dave Gahan, le chanteur de Depeche Mode. Donc si je chante c’est principalement du Depeche Mode. Sans témoin.

Est-ce qu’il y a un conseil qu’on vous a donné quand vous débutiez et qui vous est toujours utile aujourd’hui ?
Écouter sa femme.

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