L’achat d’Augustinus Bader permet au groupe de Jacques Veyrat d’éviter une perte
Les rapports de gestion d’Impala, consultés par La Lettre de l’Expansion, montrent que Jacques Veyrat a mis la main sur Augustinus Bader à prix cassé. Ce qui lui permet de sauver ses profits.
- Ce qu’il faut retenir des comptes d’Impala. L’année 2024 restera celle du jackpot pour Impala : la vente de Neoen à Brookfield a porté le résultat net de la holding de Jacques Veyrat à 1,44 milliard d’euros. En 2025, ce profit est retombé à 35 millions, TagEnergy, devenu le premier actif du groupe, ayant creusé sa perte de 24,7 à 156,9 millions. Dans ce conglomérat à quatre pôles – énergie, industrie, gestion d’actifs, marques –, la cosmétique reste un cabinet de curiosités avec Laboratoire Native (Lierac, Phyto Paris, Roger & Gallet, Jowaé), dont Impala détient 70,32 % des droits de vote et, depuis septembre 2025, ASC Regenity, propriétaire d’Augustinus Bader. Le pôle a rapporté 2,9 millions d’euros de résultat avant impôt en 2025, contre 4,3 millions un an plus tôt.
- Dans le détail du pôle "cosmétiques". Né de la reprise des marques d’Alès Groupe à la barre du tribunal de commerce de Paris en septembre 2020 et du rachat de Roger & Gallet à L’Oréal, Laboratoire Native semblait sorti d’affaire en 2024 avec un chiffre d’affaires en hausse de 8 % à 158 millions d’euros, un Ebitda de 10,4 millions et un résultat net de 8,2 millions. Le budget 2025 prévoyait 6 millions de dépenses marketing supplémentaires, les investissements médias devant atteindre 21 % des ventes en moyenne, pour un Ebitda de 6,3 millions. Verdict : l’exercice passé s’est achevé avec des ventes stables à 158,7 millions un Ebitda qui a fondu à 4,2 millions, et une perte nette de 1,2 million d’euros. Phyto Paris qui était la locomotive du groupe n’a vu son chiffre d’affaires progresser que de 1 %. Celui de Lierac a reculé de 5 %. Seul Roger & Gallet a marqué des points (+ 16 %).
- Entre les lignes. Le vrai mouvement est ailleurs. Actionnaire depuis 2018 de la marque créée à Londres par Charles Rosier et le professeur Augustinus Bader, Impala a vu sa part au capital de la société ASC Reginity passer de 29,32 % fin 2023 à 37,71 % fin 2024 puis à environ 60 % le 3 septembre 2025. Au total le groupe de Jacques Veyray a déboursé près de 180 millions en deux ans. Mais sur des bases de valorisation nettement révisées à la baisse. La levée de fonds de novembre 2022, menée avec General Atlantic valorisait la société un milliard de dollars. Le rachat de 2024 la plaçait à 720 millions d’euros seulement ; et celui de 2025 à 540 millions. Consolidée sur trois mois en 2025, la société a apporté 4,4 millions de résultat avant impôt, davantage que Native sur l’année. Surtout, la prise de contrôle a déclenché une réévaluation de la participation historique de 89,7 millions d’euros, assortie d’un écart d’acquisition de 292,1 millions. Sans ce profit de papier, Impala aurait bouclé ses comptes 2025 dans le rouge.