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Story de la semaine / Parcours / 20/07/2026

Les reconversions réussies des anciens ministres du numérique

Les ministres du numérique sont-ils des politiques comme les autres ? Souvent venus de la société civile, beaucoup y ont retrouvé une (jolie) place après leur passage à Bercy... Portraits.

Fleur Pellerin, lors de l'ouverture du festival international Canneseries, en avril 2025, à Cannes (photo Marc Piasecki/Getty Images/AFP).

Connaissez-vous Anne Le Hénanff ? Cette ancienne députée du Morbihan est l’actuelle Ministre déléguée auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. Sans doute la Bretonne ne sera-t-elle plus ministre dans un an, après l’élection présidentielle. Si l’on se fie aux parcours de plusieurs de ses prédécesseurs, son avenir est tout tracé : elle trouvera sans doute une place de choix dans le privé, tournée vers la tech et l’intelligence artificielle.

Transition rapide pour Fleur Pellerin

C’est en mai 2012 que Fleur Pellerin entre au gouvernement. François Hollande vient d’être élu président de la République et la jeune femme de 38 ans est nommée ministre déléguée chargée des PME, de l’Innovation et de l’Économie numérique. Elle y restera un an et dix mois avant de passer au Commerce extérieur et surtout à la Culture, d’août 2014 à février 2016 où elle quitte le gouvernement. Et la politique. "La transition a été rapide, se souvient-elle. Très vite, j’ai eu une opportunité de créer un fonds d’investissement avec des industriels coréens pour ériger un pont entre l’Europe et la Corée. J’ai pensé à l’époque que j’avais une occasion de changer de carrière, de trouver une nouvelle énergie et les planètes se sont bien alignées."

Dès décembre 2016, elle crée Korelya Capital, un fonds d’investissement de 100 millions d’euros, qui vise à cibler des entreprises entre 100 millions et 1 milliard de chiffre d’affaires, en développant les échanges et accords entre Européens et Coréens. "L’idée était de faciliter l’accès des investisseurs, de créer des coopératives technologiques notamment en intelligence artificielle à une époque où nous étions les seuls à le proposer, la Corée constituant alors un angle mort." Depuis les choses ont changé, notamment dans le domaine des semi-conducteurs, sans oublier l’explosion du soft power coréen avec la musique, le cinéma, les cosmétiques… Également présidente du festival Cannes Séries, Fleur Pellerin voit Korelya grandir année après année. "Le développement se poursuit, un deuxième fonds est en train de se déployer explique-t-elle, sereine : "Avoir été en politique vous donne une grande résistance au stress."

L’abécédaire d’Axelle Lemaire

D’avril 2014 à février 2017, une autre femme gère le numérique français : Axelle Lemaire. Pour les 90 ans de son père, la native d’Ottawa a rédigé un abécédaire de son action au gouvernement. Il commence par la lettre A comme "Action publique", se poursuit par F comme "French Tech’" ou I comme "Intelligence artificielle". "Je suis fière de ce que j’ai accompli avec mes équipes au gouvernement", explique-t-elle aujourd’hui. Depuis 2024, l’ancienne élue travaille pour Sopra Steria, spécialiste du conseil en transformation numérique. "C’était la seule entreprise du secteur qui n’était jamais venue me voir quand j’étais au gouvernement", sourit celle qui siège aujourd’hui au Comex, et dirige notamment le département développement durable, le RSE, et le programme philanthropique.

Axelle Lemaire, directrice Responsabilité d’entreprise et développement durable chez Sopra Steria (photo D.R.).

"C’est une vie à 100 km/h !", assure-t-elle. D’autant qu’elle siège aussi au board d’Ubisoft, qu’elle est présidente du conseil de surveillance de Hopening, le premier groupe français spécialisé en Fundraising 360° Digital et Data auprès du secteur philanthropique et associatif. Et qu’elle est membre du Comité d’honneur du Comité contre l’esclavage moderne. "Je n’ai pas une journée qui ressemble à une autre, c’est un rythme très soutenu."

Mounir Mahjoubi et sa petite boutique

Responsable numérique de la première campagne d’Emmanuel Macron, Mounir Mahjoubi est lui nommé au gouvernement en mai 2017. Il y restera jusqu’en mars 2019. Au préalable, François Hollande l’avait propulsé en 2016 président du conseil national du numérique. "Je suis très honoré d’avoir été utile au numérique français", confie-t-il aujourd’hui, malgré un regret : ne pas être parvenu à suffisamment féminiser le secteur. "On a tenté mais ce fut un échec."

"Performance et humanité sont les maîtres mots qui guident mon parcours dans le numérique depuis 1999" écrit-il sur son compte LinkedIn. Après son retrait de la vie politique, il crée en 2024 Matin Partners, une boutique de M & A orientée tech. Basée à Paris, Matin Partners s’intéresse ainsi principalement à l’IA et aux questions de cybersécurité. Elle emploie six salariés. "On fait notre petit chemin, détaille-t-il. Nous sommes encore une boutique émergente, avec des clients français. Et un objectif : que les acteurs français ne soient plus rachetés uniquement par des étrangers mais aussi par des Français."

Mounir Mahjoubi et une partie de l'équipe de Matin Partners (photo D.R.).

Sur Instagram, l’ancien ministre se présente comme "Entrepreneur Cuisinier." Il faut dire que Mounir Mahjoubi est diplômé d’un CAP de cuisinier depuis 2013. Cette autre passion l’a conduit à se lancer dans l’ouverture d’un centre de formation. Dans le Gard, dans le village de Saint-Ambroix, où il compte inaugurer en septembre 2027 une école de cuisine. Située dans les Cévennes, au sein d’une ancienne filature, celle-ci sera à destination de personnes rencontrant des difficultés pour s’insérer sur le marché du travail.

La bonne intuition de Cédric O

Et s’il n’en reste qu’un, ce sera Cédric O. D’abord trésorier de la République en marche, il devient secrétaire d’État au Numérique en mars 2019 puis à la Transition numérique et aux Communications électroniques de juillet 2020 à mai 2022. "Ce fut une période extraordinaire et très particulière, c’est ainsi que le numérique français a pu exploser et que certains des grands textes de la décennie ont été écrits et adoptés" explique-t-il, ajoutant ne ressentir "aucune frustration" d’être parti du gouvernement. Un an après son départ, il participe à la création de Mistral AI, dont il devient un actionnaire (il détient alors 1,17 % du capital, une part depuis diluée à la suite des levées de fonds à environ 0,5 % et valorisée autour de 27 millions d’euros).

Cédric O, désormais à la tête de Mallow, qui propose des produits innovants pour l'apprentissage des 4 - 10 ans (photo D.R.).

Des détracteurs l’accusent d’avoir pris une participation dans une entreprise d’un secteur qu’il a supervisé et d’avoir œuvré pour bloquer les négociations européennes sur plus de transparence, quand des acteurs des secteurs culturel et médiatique voulaient forcer les entreprises d’IA à dire sur quels contenus elles entraînent leurs logiciels. Cédric O a toujours fait valoir ne pas avoir favorisé Mistral AI pendant son mandat car l’entreprise n’existait pas encore. Il a aussi répété avoir scrupuleusement respecté la loi et les recommandations de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. "Je n’avais aucun plan quand j’ai quitté le gouvernement, confie-t-il. Je voulais juste être entrepreneur, créer un fonds d’investissement mais en réalité j’ai préféré redevenir acteur." Il est d’ailleurs depuis devenu il y a deux ans, cofondateur et patron de Mallow, une jeune "edtech", entreprise mêlant éducation et technologie, qui prévoit de sortir à l’automne 2026 son premier produit, un boîtier intelligent permettant d’apprendre grâce à la parole et destiné aux enfants de 4 à 10 ans. Une autre vie, qui semble le passionner. "Ça n’a rien à voir avec la vie de ministre, il faut s’occuper de tout. Mais on a surtout une très grande liberté, celle de l’entreprise." S’il fallait toutefois établir un parallèle, ce serait, selon lui, l’isolement, dont on souffre sur tous les sommets : "Un entrepreneur, comme un ministre, est souvent seul".

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