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Pouvoirs / Éditorial / 18/05/2026

L’Europe aux abonnés absents

Donald Trump et Xi Jinping à Pékin le 14 mai 2026 (photo Kenny Holston/AFP).

Depuis trois mois nos yeux et nos oreilles sont rivés vers ce qui se passe au Proche et au Moyen-Orient, en raison des conséquences de l’attaque de l’Iran et du Sud Liban par les États-Unis et Israël. Ce qui se traduit aujourd’hui par le blocus du détroit d’Ormuz et de vastes perturbations sur le marché du pétrole, mais aussi du gaz, des engrais, de l’hélium, du soufre, et des billes de plastique.

En dehors des Iraniens qui sont directement impactés par ce conflit, ce sont les Européens qui en sont les principales victimes collatérales. Bien sûr, nous faisons acte de présence dans la zone sous tension, en y envoyant notre groupe aéronaval. Mais notre rôle est celui de simples spectateurs condamnés à scruter les tensions des prix sur les marchés pétroliers et gaziers.

Après l’Ukraine, qui est devenu un sujet réservé aux entretiens entre Donald Trump et Vladimir Poutine, après le Venezuela, où nous avons été les spectateurs d’une violation du droit international, voilà encore une fois l’Europe hors-jeu. Non seulement elle n’est pas été écoutée quand elle a pris la parole. Mais le plus grave c’est qu’elle n’a plus rien à dire, en dehors des efforts désespérés du britannique Keir Starmer et d’Emmanuel Macron

La visite d’état de Donald Trump dans la Chine de Xi Jinping et l’entente – au moins momentanée – entre ces deux grands prédateurs a encore davantage renvoyé l’Europe à ce qu’elle est devenue : un nain politique qui figure de temps en temps au menu des discussions faute d’être invitée à la table des Grands.

Dans un monde où la force prime sur le droit, où les invectives sur les réseaux sociaux ont remplacé les télégrammes diplomatiques, et où seuls les "grands fauves" sont écoutés, la "vieille Europe" qui avait su dire Non aux États-Unis, il y a un quart de siècle, devant les yeux ébahis de toute la planète, est devenue inaudible, inexistante, insaisissable.

Il faut bien reconnaître qu’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission Européenne, n’a rien à dire. Alberto Costa, le président du conseil européen n’a rien à lui envier. Quant à Kaja Kallas, la Haute Représentante de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, elle est un peu perdue depuis que son principal détracteur, Viktor Orbán, a été battu dans les urnes de la Hongrie.

Depuis 2022, nous redoutions que la Russie cherche à défaire l’Europe. Il y a dix-huit mois, nous avons compris que Donald Trump était arrivé à la même conclusion, en s’attaquant à l’industrie européenne. Et maintenant, c’est la Chine qui nous a passés par pertes et profits, en cherchant à s’assurer que Washington la laisserait s’emparer de Taïwan sans le moindre cri d’orfraie. Ce faisant, elle a montré qu’elle se moquait de la possible réaction de l’Europe, terre des lumières et protectrice des droits de l’homme.

Dans le monde des "prédateurs" l’Europe n’est plus qu’un marché pour l’IA américaine ou les petits colis de Shein. Elle est là pour absorber le trop-plein de voitures électriques chinoises qui sont désormais trop taxées pour aller aux États-Unis. Mais l’Europe "politique" est en voie de disparition, faute de voix commune, faute de défense commune, faute de volonté commune. Et les nations qui la composent ont des intérêts trop divergents pour tenter de prendre le relais. Reste maintenant à savoir si l’Europe industrielle, économique et financière connaîtra le même sort…

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