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Pouvoirs / Éditorial / 04/05/2026

TotalEnergies, victime du délit de faciès

Dès le début du mois d'avril, TotalEnergies a annoncé mettre en place le plafonnement des prix de l'essence et du diesel dans ses stations, comme ici à Clermont-Ferrand (photo Romain Costaseca/AFP).

Il fallait s’y attendre. À peine TotalEnergies a annoncé, il y a quelques jours, avoir enregistré au cours du premier trimestre un bénéfice de 5 milliards d’euros – en hausse de 51 % par rapport à 2025 – que l’on a assisté à une "foire à la saucisse" des propos les plus stupides, les plus irresponsables ou les plus médiocres.

Pour les uns, l’énergéticien français serait un "profiteur de guerre". Pour d’autres il est le bénéficiaire d’une guerre illégale. Pour les troisièmes il est un horrible spéculateur qui s’enrichit à chaque fois que des missiles traversent le Proche-Orient. Même le Premier Ministre, Sébastien Lecornu, plutôt modéré dans ses attaques, s’est senti obligé d’appeler TotalEnergies à redistribuer ses bénéfices, comme si cela était une condition nécessaire pour laver son péché… d’être profitable. Ce que le groupe fait déjà depuis le début de cette guerre absurde en Iran, en plafonnant le prix de vente des carburants dans ses stations essence.

Notre major française cumule il est vrai, tous les défauts, qu’une grande partie de la classe politique aime à faire ressortir dans la critique des entreprises. D’abord, le groupe réussit tout ce qu’il entreprend. Dans le solaire, dans l’éolien, dans le stockage d’électricité, dans la transition énergétique. Il poursuit son esprit pionnier et sa diversification, un siècle après ce que ses fondateurs avaient entrepris en allant chercher du pétrole en Syrie, lorsque ce pays était un protectorat français.

Mais pour financer sa propre transition énergétique, le groupe continue d’exploiter des puits de pétrole ou de gaz un peu partout sur la planète. Ce qui constitue un crime pour quelques hommes ou femmes politiques de mauvaise foi, qui pensent encore que "l’argent tombe du ciel". Ainsi Yannick Jadot nous a "gavés" de "Total-bashing" pendant les six mois de sa commission d’enquête sénatoriale… qui a finalement accouché d’une souris.

Autre tare attribuée à TotalEnergies, le groupe est peu imposé en France, car ses activités hexagonales sont déficitaires, et parce qu’il paye des taxes là où le groupe trouve ses énergies, comme le veulent les règles fiscales internationales. Depuis 2022, notre énergéticien a acquitté 100 milliards d’euros d’impôts et taxes un peu partout dans le monde. Ce qui correspond à un taux effectif d’imposition de 43 %, bien supérieur au taux français de l’impôt sur les sociétés, même complété, depuis deux ans, par une surtaxe. Autant dire qu’il serait bien plus intéressant à notre "major" d’acquitter ses impôts en France… Y compris avec la créativité fiscale de Bercy ou des parlementaires.

Enfin, Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies, depuis la disparition brutale de Christophe de Margerie, n’a pas "sa langue dans sa poche". Il y a dix-huit mois, avec son confrère d’EDF, il a expliqué à quel point c’est un "enfer d’investir en France". En début d’année, il a recommencé en affirmant que la France "se tirait une balle dans le pied" en augmentant les impôts. Car plus les charges sont élevées pour une entreprise, plus le coût du travail est important, moins nombreuses sont les embauches. Ce qui nécessite plus d’argent public pour indemniser les chômeurs. Son langage de vérité, est peu apprécié de la classe politique, qui continue à vivre comme une autruche, la tête plantée dans le sable pour ne pas voir la réalité.

Il reste que si les chiens aboient, la caravane TotalEnergies va continuer son chemin, comme elle l’a toujours fait depuis qu’en 1924 Ernest Mercier, grand serviteur de l’état, a créé la Compagnie Française des Pétroles. Son principal souhait est naturellement que le calme et la paix reviennent dans le golfe persique, pour que les marchandises circulent librement, afin d’éviter des tensions encore plus fortes sur les prix, voire des risques de pénurie, au cours de l’été, lorsque les Chinois reconstitueront leurs stocks.

Le délit de faciès qui est infligé à cette compagnie est une injure à ses 100 000 collaborateurs qui ont planté le drapeau français dans 120 pays à travers le monde. Elle est une insulte à ses ingénieurs, ses employés ou ses ouvriers, qui font un métier difficile dans des zones géographiques où domine la violence. Elle est enfin une offense à la raison, qui voudrait que l’on encourage le succès plutôt que de le dénigrer.

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