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Le Lab / Énergie / 18/05/2026

Inflation : le choc gazier, plus durable que le choc pétrolier (CEPR)

Le pétrole flambe, puis l’orage passe. Le gaz, lui, s’insinue et reste, avec des effets de long terme plus insidieux. C’est vrai aussi en économie où le choc gazier est un moteur d’inflation durable.

Bonbonnes de gaz dans une station-service française (photo Mathieu Thomasset/AFP).
  • Le constat. Depuis le blocage du détroit d'Ormuz en mars dernier, pas un jour sans que ne soit abordée la question du "pass-through", c’est-à-dire la répercussion des chocs pétroliers et gaziers sur l’indice des prix à la consommation. Dans une étude chiffrée et documentée trois économistes de la Banque d’Italie, Francesco Corsello, Stefano Neri et Alex Tagliabracci, montrent que le traitement de tout choc énergétique comme un choc pétrolier est dépassé. La crise de 2021-2022 a révélé que le gaz est un moteur autonome de l’inflation, bien plus persistant que le pétrole.
  • Ce que montre l’étude. Le pétrole frappe les carburants et les transports, mais l’effet se dissipe en quelques mois. Le gaz, en revanche, contamine le panier de consommation par vagues. D’abord l’alimentation, particulièrement vulnérable : le gaz est un intrant clé des engrais azotés, ce qui renchérit les prix alimentaires. Puis les biens industriels non énergétiques et les services, qui ajustent leurs prix avec retard, mais de manière durable. Surtout, les auteurs identifient un effet de seuil : la répercussion est nettement plus forte lorsque l’inflation est déjà élevée. En régime inflationniste, les entreprises répercutent leurs coûts plus fréquemment et plus intégralement.
  • Pourquoi c’est important. Le choc de 2026 reste plus contenu que celui de 2021-2022 : la Russie était alors un géant de l’engrais et l’Ukraine un grenier agricole. Mais si le conflit iranien dure, des effets indirects pourraient se matérialiser. Le message de ces économistes à la BCE est clair : dans une Europe où le gaz pèse sur l’alimentation, l’industrie et les services, un choc gazier ne peut pas être traité comme un épisode passager. C’est un risque structurel.
Cette semaine, dans la rubrique Le Lab