La nouvelle trahison des clercs
L a prochaine panthéonisation de Marc Bloch doit inciter à relire son admirable Étrange défaite. Mais il ne fau-drait pas oublier Julien Benda qui avait aussi dénoncé – et vingt ans plus tôt – l'aveuglement des élites avec sa magnifique Trahison des clercs. Les jours écoulés ont donné lieu à un véritable festival de cette « trahison ». On a pu voir des partis politiques prônant la retraite à 67 ans donner quitus à un Premier ministre qui va figer l'âge légal à moins de 63 ans. On a pu voir des candidats à la prochaine élection présidentielle applaudir un projet de budget qui ne prévoit pas moins de 14 milliards d'euros d'augmentation d'impôts. Ce qui n'empêchera pas les socialistes de ressortir de leur carton l'inepte taxe Zucman. On a aussi pu voir les marchés applaudir cet étrange cinéma qui permet à un « Premier ministre de mission » de rester à Matignon quelques semaines de plus et servir de bouclier à un président de la République qui a trahi toutes ses promesses. Si le marché boursier a toujours raison, il n'a pas raison tous les jours. Lui aussi s'est aveuglé en saluant d'une hausse de 4 % en trois jours le prix faramineux de tous ces renoncements. Idem pour nos créanciers qui ont subitement relâché la pression qu'ils avaient placée – à juste titre – sur notre dette. Alors que la France va devoir emprunter 310 milliards d'euros l'an prochain. Bref tous ceux qui devraient guider notre pays vers son redressement rejouent la pauvre Madame du Barry s'exclamant, au pied de l'échafaud : « Encore un instant Monsieur le Bourreau ! »