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Pouvoirs / Éditorial / 22/06/2026

L’éléphant dans la campagne électorale

Emmanuel Moulin, le nouveau Gouverneur de la Banque de France, lors du Paris Finance Forum (PFF), le 9 juin 2026 au Pavillon Gabriel (photo Ludovic Marin/AFP).

Il ne se passe pas un jour sans que la meilleure presse, quotidienne ou hebdomadaire, ne dresse la liste des vingt, trente ou quarante personnalités qui se sont déjà déclarées candidates à la prochaine élection présidentielle, ou qui pourraient le faire dès la rentrée de septembre. Cela ne signifie pas pour autant qu’elles figureront sur la ligne de départ au printemps 2027. Car les obstacles sont nombreux : les cinq cents signatures, l’argent, les troupes, voire la légitimité ou l’adoubement par un parti.

À bien des égards, cette campagne présidentielle a déjà commencé. En témoigne le déferlement de propositions sur la magistrature, les prisons et le fichage des prédateurs sexuels, dans le sillage de l’affaire Lyhanna. Idem pour les violences de rue, les émeutiers et les casseurs, après le sacre européen du Paris Saint-Germain. Désormais, chaque fait divers, chaque sujet du journal de 20 heures - canicule comprise - devient un passage obligé pour tout prétendant à l’Élysée.

Il y aura pourtant, lors de cette campagne, un "éléphant dans la pièce" qui s’imposera à tous - y compris à ceux qui, comme Dominique de Villepin, Raphaël Glucksmann ou Jordan Bardella, évitent soigneusement de parler d’économie. Cet éléphant, c’est l’état de nos finances publiques, avec une dette désormais proche de 3 500 milliards d’euros. Une dérive qui se traduira cette année par 78 milliards d’euros de charges financières et 88 milliards l’an prochain. Autant d’argent jeté par la fenêtre des marchés, pour cause d’addiction de nos gouvernants à la dépense publique.

De ce sujet dépendent tous les autres. Car c’est le manque d’argent dans les caisses de l’État qui explique le dénuement de la gendarmerie et de la justice, la pénurie de places de prison, le report des grands projets militaires, l’absence de politique énergétique, le décrochage de notre école, l’abandon de nos universités et l’état calamiteux des urgences hospitalières.

Dans ces conditions, on voit mal comment un budget pourrait être voté en novembre ou en décembre. Les postures des présidentiables et de leurs troupes au Parlement l’emporteront sur les nécessités du pays. Et toute discussion sur les finances publiques débouchera immanquablement sur de nouvelles mesures fiscales. Comme si le taux d’imposition en France n’était pas assez élevé…

Ce n’est pas un hasard si, dès sa première prise de parole publique, le nouveau gouverneur de la Banque de France s’est permis d’avertir les parlementaires : "Je ne crois pas que l’on puisse fonctionner avec une loi spéciale pendant six mois". Une admonestation qui tranche avec le discours feutré et convenu de son prédécesseur. Et qui annonce la publication prochaine d’une étude sur le coût d’une telle loi spéciale.

Faute de courage pour réduire les dépenses sociales, faute de majorité à l’Assemblée nationale, faute d’un Premier ministre qui sache "cheffer" et, surtout, faute de candidats lucides sur l’état réel de nos comptes, le budget 2027 ne verra probablement le jour qu’après l’élection présidentielle. Avec, à la clé, une incertitude que les marchés nous feront payer au prix fort - et donc des charges financières plus lourdes encore que tout ce que l’on pouvait redouter. De quoi méditer cette formule de Céline : "On ne meurt pas de dettes. On meurt de ne plus pouvoir en faire".

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