Cet article de loi qui empêche des « experts » d'être ministres >
Les téléphones de nombreux experts, technocrates, avocats, grands patrons ont sonné au cours des derniers jours en provenance notamment de l'Élysée (avec au bout du fil Emmanuel Moulin le plus souvent) pour savoir si certains d'entre eux étaient disponibles pour participer à un gouvernement d'experts dépourvus d'ambitions politiques, comme Sébastien Lecornu l'a expliqué à Emmanuel Macron.
Si certains ont été sinon flattés, du moins tentés, ils ont vite été freinés dans leur élan par l'article 23 de la loi du 11 octobre 2013 relative à la transparence de la vie publique. Cet article voté dans le sillage de l'affaire Cahuzac prévoit que toute personne qui participe à un gouvernement ne peut reprendre une activité libérale ou une activité rémunérée au sein d'une entreprise ou au sein d'un établissement public ou d'un groupement d'intérêt public dont l'activité a un caractère industriel et commercial sans que la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) ait à donner son avis. Or l'évolution de la jurisprudence depuis la création de cette autorité montre qu'elle est de plus en plus stricte dans ses décisions.
Cette disposition juridique a vite été vue comme un repoussoir pour tous ceux qui auraient pu servir l'intérêt général au nom de leur compétence technique et qui n'auraient pas pu retrouver leur activité professionnelle après en avoir fini avec leur maroquin. Preuve, une fois encore, que le diable se niche dans les détails et dans le pouvoir exorbitant que s'octroient les autorités indépendantes. Éric Lombard, par exemple, qui a lâché la direction de la Caisse des Dépôts, et qui, du haut de ses 67 ans, peut encore mener de nombreuses tâches est l'une des victimes de cette loi couperet.