Cet article a été archivé
Partager
Offrir cet article
En tant qu'abonné, vous pourrez encore offrir
0 articles ce mois-ci.
Story de la semaine / Finances publiques / 30/06/2025

Quelles pistes d'économies pour le budget de 2026 ?

Économiser 40 milliards d'euros pour ramener le déficit public à 4,6 % du PIB l'an prochain. En apparence simple, la consigne du prochain budget 2026 risque de faire souffler beaucoup de monde au sein du gouvernement de François Bayrou. Le Premier ministre, qui promet un plan pluriannuel de retour à l'équilibre des finances publiques pour la mi-juillet, entretient le flou sur les moyens de franchir cet « Himalaya » qui demanderont « un effort à tous les Français sans exception », a-t-il prévenu. Depuis le printemps, le bloc central multiplie les ballons d'essai dans une sorte de frénésie qui traduit la fébrilité avec laquelle l'exécutif aborde la séquence budgétaire face à une Assemblée divisée qui laisse planer le risque de censure. Et si les propositions ciblent surtout la dépense publique, que le gouvernement souhaite limiter à 1 710 milliards d'euros pour 2026 (contre 1 640 milliards en 2024, soit 57,2 % du PIB), le tabou des hausses d'impôts vacille de plus en plus.

« Année blanche »

Parmi les principales pistes d'économies envisagées figure l'« année blanche », dont le principe consiste à geler les dépenses publiques en 2026 à leur niveau actuel, de façon totale ou partielle, en dépit de la hausse des prix. Une solution rendue plus acceptable par la modération de l'inflation, que la Banque de France entrevoit à 1 % en 2025 puis 1,4 % en 2026, et qui pourrait rapporter jusqu'à 25 milliards d'euros : plus de la moitié de l'effort budgétaire. Selon le député Renaissance Mathieu Lefèvre, qui porte la proposition à l'Assemblée, une année blanche permettrait d'économiser un peu moins de 10 milliards d'euros sur les dépenses de l'État et près de 4 milliards sur celles des collectivités locales, en plus de 6 milliards d'euros sur la santé et 7 milliards sur les prestations sociales (Smic, retraites, etc.), qui représentent à elles deux 56,6 % de la dépense publique. Un effort partagé qui serait pourtant ressenti plus ou moins durement selon le poste concerné, quand on sait que, l'année dernière, les prestations sociales ont augmenté de 5,5 % par rapport à 2023 et contribué, à elles seules, à plus de 60 % de la hausse de la dépense publique, du fait notamment du vieillissement de la population. Au contraire, le traitement serait sûrement vécu moins péniblement par l'État dont les dépenses n'ont déjà augmenté que de 0,9 % en 2024, selon l'Insee, soit moins que la hausse des prix.

Année blanche, réduction du nombre de fonctionnaires, et de niches fiscales…, figurent parmi les mesures envisagées pour tenter de ramener le déficit public à 4,6 % du PIB en 2026.

En définitive, l'hypothèse d'une année blanche généralisée apparaît hautement improbable. D'abord parce que certains ministères sont soumis à des lois de programmation qui prévoient un relèvement des crédits (Défense, Intérieur, Justice, Recherche). Ensuite, parce que certaines dépenses, comme les retraites, sont très sensibles politiquement. Leur potentielle désindexation avait contribué à faire chuter le gouvernement de Michel Barnier à l'hiver dernier. Enfin, parce qu'on imagine mal l'État tailler dans le remboursement de la dette ou dans sa contribution à l'Union européenne, tous deux en hausse.

L'idée reste de toute manière très mal reçue par la gauche comme par le RN qui, par la voix de son député Jean-Philippe Tanguy, dénonce « le degré zéro de la gestion politique ». Nombreux sont d'ailleurs ceux qui déplorent, comme Pierre Moscovici, premier président de la Cour des comptes, une méthode « one shot », trop simpliste qui empêcherait de réfléchir à des réformes structurelles de long terme.

Fonctionnaires, niches fiscales et maladies chroniques

Un temps évoquée, la piste d'une TVA sociale semble avoir fait long feu, malgré la nécessité de repenser le financement de notre système social. Jugée trop inégale par les uns, perçue comme une hausse d'impôt déguisée par les autres, la proposition de baisser les cotisations patronales, pour diminuer le coût du travail, et de rehausser la TVA, pour récupérer les recettes perdues via la consommation des travailleurs dont le salaire aurait augmenté, fait polémique au sein même de la majorité. Poncif de droite, une nouvelle réduction du nombre de fonctionnaires, en hausse ces dernières années, principalement à la faveur d'un renforcement des effectifs dans les hôpitaux, refait également surface dans le débat public. Avancée par le ministre de l'Économie, Éric Lombard, celle-ci passerait d'abord par la fusion, la suppression ou la reministérialisation d'agences et d'opérateurs de l'État pour récupérer 2 à 3 milliards d'euros, selon Amélie de Montchalin, ministre des Comptes publics, qui défend, elle aussi, cette mesure.

Le gouvernement n'écarte pas non plus de reconsidérer quelques-unes des 467 niches fiscales comme le crédit d'impôt sur les services à la personne, deuxième niche la plus importante (6,7 milliards d'euros en 2024) derrière le crédit d'impôt recherche (7,9 milliards). Il est notamment question de recentrer le dispositif sur les jeunes parents et les personnes dépendantes, au détriment des activités de la vie quotidienne (ménage, jardinage, etc.). Baisser le plafond à 3 000 euros par an et ramener de 50 % à 40 % l'avantage fiscal sur ces activités permettrait d'économiser 1 milliard d'euros, selon un rapport de la Cour des comptes. Plus tôt dans le mois, le ministre de la Santé, Yannick Neuder, proposait de réévaluer les conditions de prise en charge des maladies chroniques, qui touchaient près de 20 % de la population française en 2023, selon l'Assurance maladie. Les patients en affectation de longue durée bénéficient en effet d'un système de couverture renforcé qui leur permet de ne pas payer de leur poche la part du coût des soins généralement assumé par les mutuelles. Un dispositif au coût estimé de 12,3 milliards d'euros en 2021 par l'Inspection générale des finances, qui pointe de possibles économies comprises entre 850 millions et 3,4 mil-liards d'euros d'ici 2027.

Précédentes Stories de la semaine