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Story de la semaine / Débat sur le Say on Pay / 10/05/2021

Pourquoi les actionnaires d'Amundi ne doivent pas céder aux menaces de Glass Lewis

Chaque année les agences de proxy anglo-saxonnes, et notamment américaines comme Glass Lewis ou ISS, aiment à pointer du doigt des sociétés françaises où les règles de bonne gouvernance ne seraient pas respectées parfaitement, selon leurs critères. Ces agences auxquelles sont abonnés la plupart des grands gestionnaires d'actifs de la planète les aident à savoir comment voter lors de l'assemblée générale d'actionnaires. Or les votes aux assemblées sont scrutés à la loupe : tous les gestionnaires pour compte de tiers ont l'obligation de voter ; et, en France, il est désormais obligatoire de soumettre au vote les rémunérations des mandataires sociaux pour l'exercice écoulé et celles envisagées pour l'exercice en cours.

Glass Lewis demande aux actionnaires de s'opposer au vote de la rémunération d'Yves Perrier, directeur général d'Amundi.

Cette année, l'Amérique financière, qui s'est auto-décrétée l'empire du bien, a estimé, à travers la voix de Glass Lewis et de l'agence de proxy Pirc, que les actionnaires devaient s'opposer, lors de l'assemblée générale de ce jour, au vote de la rémunération attribuée à Yves Perrier, le directeur général charismatique d'Amundi. Hélas, l'agence française Proxinvest a enfourché le même cheval de bataille que ses grands concurrents.

Des objectifs quantifiés non divulgués

Qu'est-ce que Glass Lewis et Pirc reprochent à Yves Perrier, dont toute la communauté financière française connaît à la fois l'honnêteté et l'humilité ? D'avoir reçu au titre de 2020 un bonus de 2 millions d'euros, en plus de son salaire fixe d'un million d'euros, sur la base de critères qui ne sont pas assez justifiés. Plus précisément, ces deux agences reprochent à Amundi de n'avoir pas divulgué les objectifs quantifiés définis comme critères de performance pour la rémunération variable. Pourtant, dans ce domaine d'activité – la gestion d'actifs –, il s'agit d'une pratique assez courante sur ce marché, dans la mesure où il s'agit d'informations considérées comme sensibles. Il reste que le Comité des rémunérations, que préside Robert Leblanc, ancien président du comité d'éthique du Medef, et dont Xavier Musca, le président non exécutif d'Amundi est membre, a décidé, le 9 février dernier « du niveau d'atteinte des objectifs fixés pour 2020 ». Il a constaté que « ces objectifs ont été globalement atteints » et a, sur ces bases, décidé de la rémunération variable du directeur général. Le taux d'atteinte global est de 102,4 %, ce qui conduirait à une rémunération variable théorique de 2 048 000 euros. Cependant, en application de la réglementation, le conseil a limité le bonus d'Yves Perrier à deux fois sa rémunération fixe, soit 2 millions d'euros.

Une attaque des agences de proxy américaines injustifiée

Le conseil d'administration a, par ailleurs, relevé que si l'impact de la baisse des marchés sur les commissions de gestion et le résultat financier avait été neutralisé, le taux d'atteinte global des objectifs serait passé de 102,4 % à 108,0 % (avec un taux d'atteinte des objectifs économiques d'Amundi passant de 91,7 % à 104,1 %). Tout cela montre que l'attaque ad hominem des agences de proxy américaines contre Yves Perrier est injustifiée. Et elles le sont d'autant plus si on élargit le sujet au contexte.

Partant de la gestion d'actifs du Crédit Agricole et de la Société Générale, cet ancien cadre du Crédit Lyonnais a créé le premier gestionnaire d'actifs européen, fort de 1 729 milliards d'euros d'encours. Son grand concurrent mondial est bien sûr BlackRock qui vient de dépasser les 9 000 milliards de dollars d'actifs gérés, soit 7 500 euros. Ce qui représente un montant 4,3 fois supérieur à la force de frappe d'Amundi. Pourtant son charismatique patron, Larry Fink, qui aime donner des leçons de morale au capitalisme mondial, a perçu l'an passé une rémunération de 29,9 millions de dollars, soit 25 millions d'euros. Un montant 8,3 fois supérieur à ce qui a été attribué à Yves Perrier… !

Certains diront que tout cela n'est qu'anecdotique. D'autant plus que même si certains actionnaires d'Amundi suivent ce lundi les recommandations de Glass Lewis et de Pirc, la résolution concernant la rémunération d'Yves Perrier sera adoptée. Il reste que cela témoigne de la volonté de « l'Empire Américain » d'imposer « ses » normes dans tout ce qui touche aux marchés financiers, comme dans le domaine comptable avec les normes IFRS. Et cette volonté s'impose d'autant plus que l'Europe est démunie et désunie sur tous ces sujets. Gageons que cet « avertissement sans frais » sur Amundi amène les entreprises européennes à apprendre à résister aux donneurs de leçons américains.

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