Sud Ouest : Rossel coiffe la famille Baylet sur le poteau
Le belge Rossel négocie l’achat auprès de la famille Lemoine de 80 % de Sud Ouest pour une centaine de millions d’euros afin de créer le troisième pôle de PQR à plus de 400 millions.
- Ce qu’il faut connaître de l’opération annoncée. Rossel France est entré jeudi soir en négociations exclusives avec la famille Lemoîne pour reprendre 80 % du Groupe Sud Ouest (GSO). Prix non public : une centaine de millions d’euros selon une source proche du dossier, montant que Bernard Marchant, administrateur délégué du belge, juge "raisonnable". La cinquantaine d’actionnaires familiaux, héritiers de Jacques Lemoîne, résistant et fondateur du titre en 1944, a tranché à l’unanimité. La cible c’est la Sapeso, éditrice de Sud Ouest, la Charente Libre, La République des Pyrénées, Côte Ouest (événementiel) et les chaînes TV7 et TVPI. GSO qui pèse 165 millions de revenus, dont 30 % hors papier. Le calendrier est serré. Avec un CSE extraordinaire dès ce lundi, l’obtention d’un feu vert antitrust et une signature espérée avant le 31 décembre. Le nouvel ensemble dépassera 400 millions de chiffre d’affaires, avec un objectif de 10 % de rentabilité brute.
- Pourquoi cette transaction est importante. La PQR reste le dernier bastion du capitalisme patrimonial : une association à Ouest-France, une fondation à Centre France, les Baylet à Toulouse, les Coudurier au Télégramme. Ce modèle a produit des titres indépendants et rentables, mais ne finance plus la mutation. Le papier, dont le cours s’est envolé après 2021 sans revenir à son étiage, le portage, dont le coût grimpe à mesure que les tournées s’allongent sur des abonnés plus rares, et le numérique, qui exige des investissements hors de portée d’un quotidien départemental, forment un ciseau implacable. Traduction : les familles vendent, les industriels achètent. Rodolphe Saadé à La Provence, le Crédit mutuel à Ebra, Rossel en Aquitaine.
- Entre les lignes. Rossel n’improvise pas. Dès 2011, le groupe de la famille Hurbain annonçait avec la Fondation Varenne une holding commune avec Centre France-La Montagne : 800 000 exemplaires, 450 millions de revenus. Projet vite enterré, la Fondation refusant de perdre le contrôle. La même année, il négociait avec Groupe Hersant Média une filiale 50/50 embrassant La Provence, Nice-Matin et Corse-Matin ; il n’en récupérera que le pôle Champagne-Ardenne-Picardie, en 2013. Il avait aussi lorgné Le Parisien. Trois rendez-vous manqués, une doctrine intacte : attendre que les familles se fatiguent. Le rythme s’accélère. En février, Rossel a pris 100 % de 20 Minutes, cédé par Ouest-France. Le 3 juillet, l’Autorité belge de la concurrence a validé sous conditions l’absorption des activités de presse d’IPM (La Libre, La DH, L’Avenir), les Le Hodey entrant à 10 % du capital. Avec Sud Ouest, la France pèserait près de la moitié des revenus du groupe.