KNDS rallume les moteurs de la plus grosse IPO de la défense européenne
Torpillée le 1er juillet par la chute des valeurs de défense, la cotation du fabricant du Léopard 2 pourrait intervenir dès la mi-septembre. Les investisseurs seront briefés la semaine prochaine.
Ce qu’il faut savoir. KNDS s’apprête à reprendre ses réunions avec les investisseurs en vue d’une cotation à Paris et Francfort dès la seconde moitié de septembre. Des réunions d’information sont programmées la semaine prochaine. Le calendrier, provisoire, dépend de l’accueil des fonds ; une fenêtre début 2027 n’est pas exclue. Un porte-parole explique que le groupe est "prêt à relancer le processus dès que les conditions de marché seront favorables". Le ministère allemand de la Défense se dit déterminé à aller "rapidement" vers l’IPO et la prise de participation fédérale, dans le respect du processus convenu en juin. Depuis les plus bas de juin, le panier de valeurs européennes de défense suivi par Goldman Sachs a rebondi de 17 % et Rheinmetall a effacé une partie de ses pertes. Reste l’inconnue du prix retenu pour une première cotation.
Pourquoi cette nouvelle tentative est importante. Le 24 juin, deux jours après l’accord de gouvernance paritaire scellé entre Paris et Berlin, KNDS annonçait la cession de 20 % du capital, à parts égales par GIAT Industries, holding de l’État français, et Wegmann & Co., véhicule de la famille Bode-Wegmann. La KfW devait racheter 40 % à la famille au prix de l’IPO, sans prime, pour aboutir à un schéma 40-40-20 verrouillé par un lock-up de dix ans. Mais, le même jour, Berlin annulait le programme de frégates F126 promis à Rheinmetall. Du coup le titre a plongé de 13 % en séance : un signal qui a glacé les fonds. Le prix de l’IPO fixait aussi celui payé par le contribuable allemand : la famille, vendeuse, espérait une valorisation plancher de 12,4 milliards d’euros, quand les investisseurs plafonnaient à 12 milliards, voire 10 ; donc loin des 15 à 18 milliards espérés. Après des mois d’atermoiements KNDS a été contraint de jeter l’éponge. Début août, le quotidien Handelsblatt évoquait un plan B de nationalisation totale, qui a été aussitôt démenti par Tom Enders, le président du conseil d’administration.
Entre les lignes. KNDS n’a pas publié de comptes semestriels. Les investisseurs en auront un aperçu bientôt. Les chiffres 2025 sont éloquents avec un chiffre d’affaires de 4,4 milliards d’euros (+ 15,9 %), un Ebitda de 661 millions (15 % de marge), et un free cash-flow de 980 millions. Des prises de commandes record de 13,5 milliards d’euros, soit 3,1 fois les ventes, ont porté le carnet commandes à 33,1 milliards auprès de plus de quarante armées. Pour 2026, le groupe vise une croissance de 30 %, mais une marge ramenée vers 12 %. Sur une base de 12 milliards d’euros, KNDS vaudrait moins de trois fois ses ventes et 18 fois son Ebitda : la décote d’un flottant limité à 20 % et d’une gouvernance à deux États.