Birkenstock profite des doutes de la Bourse pour racheter ses actions
Le chausseur Birkenstock va racheter pour 250 millions de dollars de ses propres actions, jugées sous-évaluées. Une recette déjà vue au sein du groupe Arnault, actionnaire de l’entreprise allemande.
- Ce qu'il faut savoir. Le fabricant allemand de sandales a frappé fort. A la fin du mois de mai dernier, Birkenstock a annoncé un rachat "accéléré" de ses propres actions pour un montant de l’ordre de 250 millions de dollars. Un mandat a d’ores et déjà été confié à Goldman Sachs pour réaliser ces acquisitions de titres dans les meilleures conditions. L'opération prévoit une livraison initiale d'environ 6 millions de titres - soit 80 % du total visé par l’entreprise - sur la base du cours de clôture de 33,21 dollars enregistré le 20 mai dernier. Le solde devra être réglé avant le 30 juin. Le marché a applaudi à l’annonce de cette décision et l’action a bondi de près de 16 %. Le message d’Oliver Reichert, le patron de Birkenstock est limpide : le cours ne reflète pas la santé réelle de l'entreprise. La direction voit même dans cet achat d’actions "l'usage le plus attractif" de sa trésorerie dans l'environnement actuel, tout en réaffirmant un objectif de croissance du chiffre d'affaires de 13 à 15 % par an à devises constantes.
- Pourquoi c'est important. Le rachat d'actions n'est pas un geste anodin : c'est un signal envoyé aux investisseurs. En réduisant le nombre de titres en circulation, l'entreprise relève le bénéfice par action de manière mécanique et soutient le cours en période de faiblesse. Surtout, elle affirme noir sur blanc qu'elle estime son propre titre bradé. Or Birkenstock a de quoi nourrir ce sentiment. Introduite à la Bourse de New York en octobre 2023 au prix de 46 dollars l'action, valorisant le groupe autour de 9,3 milliards de dollars, l'action avait connu des débuts poussifs avant de culminer à près de 65 dollars à l'été 2024. Depuis, le soufflé est retombé : le titre cédait encore près de 30 % sur douze mois avant l'annonce du rachat, plombé par un ralentissement de la croissance trimestrielle.
Birkenstock est contrôlé par L Catterton, le fonds de capital-investissement proche de LVMH, qui détient 62,4 % du capital. À ses côtés, la Financière Agache, l’une des structures d’investissement de la famille Arnault détient aujourd’hui 10,35 millions de titres, soit 5,6 % du capital. En rachetant ses propres titres l’entreprise s’inspire de ce que LVMH a fait par le passé lorsque ses actions étaient trop décotées. - En coulisses. Dans la scène finale du film Barbie, sorti à l'été 2023, Margot Robbie troque ses escarpins pour une paire de Birkenstock - symbole d'un retour au réel et au confort. Le "timing" fut parfait : la marque, fondée en 1774 dans un village allemand par les frères Birkenstock, préparait alors son entrée en Bourse. Deux siècles et demi d'histoire familiale, six générations de savoir-faire… et un coup de pouce hollywoodien pour transformer la sandale de randonneur en objet de désir coté à Wall Street.