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Le Lab / Efficacité de l’État / 09/02/2026

Les bons comptes font les bonnes administrations (Institut Montaigne)

"En responsabilité". L’expression est une tarte à la crème du discours public. Mais il y a encore loin des paroles aux actes selon un rapport tout juste dévoilé.

  • Le constat. Brouillard décisionnel, opacité des coûts, évaluation trop faible… et, à terme, une action publique grippée. A en croire l’Institut Montaigne dans son nouveau rapport "Responsabilité : plaidoyer pour l'action", jamais le "confort de l’irresponsabilité" n’aurait été si répandu.
    Au fil de 110 pages argumentées, le rapport coprésidé par Jean-Dominique Senard et Jean-Louis Bourlanges publie quelques chiffres éloquents. Si 57 % des Français bénéficient en net de la solidarité publique, seulement 11 % en ont conscience. Autre donnée choc, le nombre d’opérateurs de l’État : 431, qui emploient un total de 400 000 agents et contribuent à ce que le rapport dénonce comme la "dilution de l’État". Le constat est cinglant : "Les "responsables" ne sont pas en situation de l’être et ceux qui seraient en situation d’agir ne sont pas responsables."
  • Comment sortir de cette spirale infernale ? Chère à sa vocation qui consiste, selon ses propres termes, à "analyser les effets de l’inaction publique et définir les conditions d’un retour à la décision", l’Institut Montaigne invite à une refondation des politiques publiques en trois leviers : subsidiarité (qui décide ?), transparence (quels coûts, quels choix ?), reddition des comptes (quels résultats ?). Ce triptyque transpose à l’État des logiques de gouvernance familières au secteur privé.
    Parmi les principales recommandations, la redéfinition des périmètres d’action pour éviter les "redondances" (le fameux mille-feuilles), la limitation des missions des opérateurs de l’État, l’évaluation du coût de l’inaction du fait d’une "interprétation abusive du principe de précaution", ou encore l’établissement à destination des contribuables des répartitions sociales et fiscales sous la forme d’un "document annuel synthétique".
    Le sous-texte est limpide : sans responsabilité assignée, la conformité procédurale remplace la performance, et la défiance s’installe.
  • Ce qu'on peut en retenir. Plus qu’une nouvelle méthode, le rapport invite à une transformation des mentalités. "Le changement d’état d’esprit est maintenant essentiel", exhorte Jean-Dominique Senard, président du conseil d'administration du Groupe Renault et coprésident du rapport. "Il est urgent de faire nation, d’agir tous ensemble, acteurs publics et privés, pour changer profondément notre approche culturelle de l’action collective." En responsabilité...
     
Cette semaine, dans la rubrique Le Lab