Sibyle Veil attaquée sur les distorsions de concurrence au profit de Radio France >
Difficile moment pour Sibyle Veil, PDG de Radio France, que son audition du 11 octobre dernier par la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale. Elle a notamment été interrogée sur les nombreuses distorsions de concurrence entre le service public et les acteurs privés. Parmi les griefs formulés, il y a la primauté qui reste accordée à Radio France dans l'octroi de fréquences hertziennes. Lorsque Mathieu Gallet, le prédécesseur de Sibyle Veil, dirigeait la « maison ronde » le principe d'une redistribution des fréquences avait été esquissé. Mais le groupe avait œuvré en coulisses pour s'opposer à cette remise à plat. Autre sujet : le numérique. Si le plafonnement des recettes publicitaires du service public a été maintenu à hauteur de 42 millions d'euros par an, la publicité numérique n'est toujours pas prise en compte dans ce montant. Or, c'est un marché en forte croissance auquel le groupe peut accéder sans limite. Cette ressource s'ajoute à celle de la dotation publique en hausse de 45 millions d'euros dans le projet de loi de finances 2024. Par ailleurs, 15 millions d'euros sont alloués au développement numérique de Radio France. Tout cela a permis à l'audiovisuel public de devenir, avec la marque France Info, la première plate-forme d'information sur Internet.
Ces entraves répétées à la concurrence sont d'autant plus pesantes pour les acteurs privés (radio, télévision, presse) qu'ils doivent affronter, deux grandes difficultés. Primo : la domination des GAFAM qui captent les deux tiers de la publicité numérique et qui, pour certains, s'évertuent encore à contourner la directive européenne transposée en droit français sur le droit voisin, par exemple. Secundo : pour les éditeurs de presse, un net ralentissement du marché des abonnements numériques, à l'instar du Monde dont la croissance s'est réduite de moitié, passant de + 9 % en 2022 à + 4 % en 2023, selon les derniers chiffres publiés par l'ACPM.
C'est pourquoi de nombreux acteurs de la filière attendent des États généraux de l'information, présidés par Bruno Lasserre, qu'ils s'emparent de tous ces sujets – notamment des avantages économiques exorbitants dont bénéficie l'audiovisuel public – qui pèsent sur le pluralisme dans l'ensemble du secteur. Au-delà, il restera à trancher la question des missions dévolues au service public. Dans la mesure où le triptyque de la loi de 1986 (informer, cultiver, distraire) est aujourd'hui bien désuet.