La juste question des bas salaires >
Lors de la rencontre de Saint-Denis organisée à l'ombre de la Basilique des Rois de France, Emmanuel Macron a accepté la suggestion de Fabien Roussel portant sur l'organisation d'une vaste conférence sociale avec, à l'ordre du jour, les carrières et les branches situées sous le salaire minimum. C'est la revanche tardive de Laurent Berger qui avait alerté au printemps dernier sur le fait que 147 branches professionnelles (80 aujourd'hui) sur les 171 existantes ont des échelons qui démarrent en dessous du Smic. Ce phénomène très français est d'autant plus préoccupant en période d'inflation. Le Smic étant indexé sur la hausse des prix, on assiste à un tassement des grilles salariales et à un accroissement du nombre de bas salaires. Un tiers des Français ne disposent plus que de 100 euros le 10 de chaque mois. Tout cela n'est pas entièrement de la responsabilité du patronat. Et comme le dit, à juste titre, Patrick Martin, il serait utile de réfléchir à un meilleur équilibre entre revenus du travail et transferts sociaux. Mais dans la mesure où la hausse des marges et des profits contribuerait, à elle seule, à deux tiers du phénomène inflationniste actuel, il est de la responsabilité des entreprises de préempter ce débat sur les rémunérations. L'Ancien Testament, commun aux trois religions monothéistes, affirme – dès la Genèse – que c'est en travaillant que l'on parvient à manger du pain. Dès lors, il n'est pas normal qu'en 2023, sur le territoire français, on puisse travailler sans parvenir à vivre décemment.