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Politique / 24/06/2019

Le temps des grandes incertitudes

Le monde traverse une phase instabilité généralisée. Les grands acteurs internationaux – en particulier ceux intervenant sur la scène moyen-orientale – sont divisés en leur sein même entre des tendances si opposées qu'elles semblent parfois inconciliables. Il en est ainsi des États-Unis où l'on est bien en peine d'y voir clair dans la stratégie internationale d'un Donald Trump ballotté entre les différents tenants de l'establishment politico-militaire américain. Enclin à la versatilité, le président américain suit tour à tour les avis des va-t-en-guerre ou se range à ceux des partisans de la prudence.

L'Iran dans le viseur américain

Face à la Russie, il semble que la ligne dure ait – provisoirement ? – pris le dessus. L'affrontement pas toujours feutré entre les géants américain et russe se focalise désormais sur l'Iran. Soutenu par Moscou, Téhéran est continuellement dans le viseur de l'administration Trump.

C'est la prééminence régionale qui se joue là entre Iraniens chiites et Saoudiens sunnites alliés de longue date des Américains. Mais ce grand ami des États-Unis est lui-même déchiré entre factions rivales qui se combattent au sommet de l'État. D'un côté, le prince héritier Mohammed ben Salmane, dit MBS, cornaqué par le véritable homme fort du régime, le ministre d'État Adel al-Joubeir, et, de l'autre, le roi Salmane, père de MBS, et le camp conservateur. Cette rivalité mine le pouvoir et rend erratique l'action du royaume, berceau de l'Islam, dans la région.

Les Russes, pense-t-on, pourraient profiter des mouvements contradictoires qui traversent les pouvoir américain et saoudien pour asseoir leur domination au Levant. Mais Vladimir Poutine, jamais véritablement contesté, hésite à trop miser sur le cheval iranien et se défie de certaines factions du pouvoir perse.

Le soutien conditionnel de la Russie

Il est patent que l'Iran est parvenu à une faillite politico-économique totale. Le pays, malgré ses nombreux atouts – notamment pétroliers – étouffe sous les sanctions commerciales et n'a plus guère les moyens de ruser avec les exigences et les pressions américaines et israéliennes. Seul véritable appui du président iranien Rohani, la Russie conditionne son soutien et le réserve au camp modéré. Elle qui se défie des Gardiens de la révolution (Pasdaran), dépositaires d'un islamisme radical et prêts à tout pour préserver le régime des mollahs.

Cette discrimination que la Russie opère à l'intérieur du pouvoir à Téhéran, entre radicaux qu'elle rejette et modérés qu'elle soutient, rejoint la position de l'Arabie saoudite.

Adel al-Joubeir, qui tente actuellement un rapprochement avec le Qatar et s'est allié aux Égyptiens, veut sauver le soldat iranien à condition qu'il se nomme Rohani et non Hossein Salami, chef des Pasdaran. Ce dernier, qui exerce une sorte de proconsulat extrêmement dangereux quelque part entre la Syrie et l'Irak, a bien compris le danger. Pour le contrer, il manœuvre afin de constituer une « fédération » hétéroclite de tout ce que le monde arabo-musulman compte d'extrémistes. Cela va des radicaux sunnites, tel le président turc Recep Tayyip Erdogan, épuisé par ses échecs électoraux, aux extrémistes chiites. Le but ainsi poursuivi est de mener un djihad global contre les modérés de tout poil : ceux de Riyad avec al-Joubeir, ceux du Caire avec le maréchal al-Sissi qui combat les Frères musulmans, ceux du Maghreb où les libéraux semblent dominer les mouvements de protestation qui ont conduit à la démission du président Abdelaziz Bouteflika et à l'arrestation d'un certain nombre de dignitaires de ce qu'on ne va pas tarder à appeler l'ancien régime.

La révolution iranienne a 30 ans. Elle a marqué l'irruption d'un Islam politique radical sur la scène internationale et, à travers son affrontement avec les États-Unis, a profondément redéfini les équilibres idéologiques du Moyen-Orient. Épuisée, elle semble arrivée à son terme et laisse la région profondément divisée entre deux camps rivaux : les partisans d'un Islam modéré, ré - concilié à terme avec l'État d'Israël, face à des radicaux opposés à l'existence même de l'État hébreu et à toute forme d'évolution du monde musulman vers une issue réformiste.

La révolution iranienne a 30 ans. Elle a marqué l'irruption d'un Islam politique radical et a redéfini les équilibres idéologiques du Moyen-Orient. Épuisée, elle semble arrivée à son terme.

La société iranienne est la plus avancée du Moyen Orient. Elle a vu naître en son sein le courant le plus radical de l'Islam. Cela ne doit donc rien au hasard si le point maximal de l'affrontement international se situe encore aujourd'hui à Téhéran.

Cette semaine, dans la rubrique Politique