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Politique / 23/04/2019

Quelle issue à la crise libyenne ?

L'histoire semble à nouveau repasser les plats en Libye après plusieurs épisodes d'accalmie qui laissaient augurer d'une fin plus apaisée. Or les événements actuels, dans ce territoire gorgé de pétrole, résultent directement du nouveau rapport de force régional et local. Des manœuvres si grossières qu'il est aisé de lire le jeu des principaux protagonistes et de prédire l'issue inévitable de cette dernière épreuve à laquelle la Libye est à nouveau soumise.

L'offensive du maréchal Khalifa Haftar sur Tripoli est motivée, en apparence, par l'ambition du commandant en chef de l'Armée nationale libyenne, qui domine la Cyrénaïque et contrôle l'essentiel de l'exploitation pétrolière, de réunifier enfin le pays en utilisant la puissance financière et politique dont il est assuré de jouir en cas de victoire. Mais la dégradation de son état de santé n'est sans doute pas étrangère au déclenchement soudain de cette offensive militaire. De fait, le maréchal Haftar ne peut probablement plus mener un combat au long cours pour solder la crise libyenne.

Néanmoins, le partage plus ou moins consensuel du pays entre sa zone est – très proche de l'Égypte – et sa zone ouest – de plus en plus maghrébine et en tout dépendante de la Tunisie voisine – ne semble pas jusque-là remis en cause. Ce qui semble mal cadrer avec la volonté proclamée de réunification.

L'Égypte derrière Haftar

Seul point de consensus entre factions rivales : la volonté convergente de chasser du pouvoir Fayez el-Sarraj. Depuis l'installation de son gouvernement à Tripoli, le Premier ministre a multiplié les concessions aux milices islamistes dans sa propre zone sans résultat. Aussi, les Égyptiens du maréchal al-Sissi, qui inspirent toutes les décisions stratégiques du maréchal Haftar – devenu, de fait, l'instrument des ambitions du Caire – applaudissent à la défaite annoncée des islamistes locaux, sans perdre de vue le véritable homme fort de l'Ouest libyen : Saïf al-Islam, le propre fils du colonel Mouammar Kadhafi.

Un des fils de Kadhafi dans l'Ouest libyen

Insaisissable, ce dernier semble capable d'exercer une hégémonie de plus en plus solide, notamment dans la région de Syrte et dans les zones pétrolières résiduelles du territoire qu'il contrôle. Il y est aidé à la fois par d'anciens partisans de son père, mais aussi par des Berbères zénètes dont il soutient les revendications iden titaires kabyles. Ces derniers assurent d'ailleurs sa protection, et constituent de fait sa force de dissuasion. Il peut également compter sur le soutien de nostalgiques de la réforme politique qu'il avait un temps arrachée à son père, aidé à l'époque par une partie de la communauté internationale et par la Tunisie voisine.

En apparence, le but de l'offensive du général Haftar est la réunification de la Libye. Mais ici se joue aussi l'équilibre de la région.

L'homme a donc un rôle à jouer dans les fu-turs équilibres de la Libye. D'autant qu'il y a fort à parier qu'après la chute probable d'el-Sarraj le maréchal al-Sissi, qui dirige depuis Le Caire toute la manœuvre, assuré du contrôle total du pétrole par Haftar, laissera à Saïf al-Islam (SAI) le champ libre à Tripoli avec l'aide de ses partisans en France, en Libye et grâce à l'appui d'un autre acteur régional, l'Algérie, pour qui « SAI » apparaît comme le meilleur appui à sa politique régionale.

À travers ce conflit et au-delà des événements actuels, on comprend mieux les desseins géopolitiques des différentes puissances qui agissent en terre libyenne. L'Égypte veut contrôler les zones pétrolières, mais ne cherche pas à aider à la réunification du pays. Une telle ambition pourrait en effet prolonger encore une guerre civile coûteuse pour l'État égyptien et être source de conflit avec une Algérie à la recherche d'une nouvelle stabilité politique et géopolitique. De plus, plane sur cette guerre civile l'ombre de l'Arabie saoudite et du très réformiste Mohammed ben Salmane qui promeut une politique pro-algérienne afin de punir le Maroc de ses amitiés avec le Qatar.

Israël, Arabie saoudite et Russie dans l'ombre

Plus fondamentalement encore, une alliance s'est constituée entre Israël, les réformistes saoudiens et la Russie de Poutine, qui joue à présent la carte d'une Algérie forte exerçant son hégémonie sur tout le Maghreb. Tout cela semble servir les intérêts de Saïf al-Islam qui ne fait plus mystère de ses sympathies envers Israël, se rappelant opportu né ment des origines juives de sa grand-mère recueillie, dans sa jeunesse, par la tribu des Khadafa à laquelle son père lui-même appartenait.

L'exhumation de cette généalogie, une certaine flexibilité face à Haftar, une volonté de bonne entente avec l'Égypte, d'une part, et avec l'Algérie, de l'autre, positionne l'héritier Kadhafi comme un acteur important d'une future recomposition politique en Libye, sous l'œil vigilant d'Israël, de l'Arabie saoudite et de la Russie.

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