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TERRITOIRES / 14/05/2018

Le golf à la croisée des chemins

SPORT & BUSINESS. En septembre prochain, la première Ryder Cup française devrait doper la pratique et le marché du golf dans l'Hexagone. Mais ce sport doit résoudre une équation complexe : continuer de se démocratiser sans se galvauder.


D
u 28 au 30 septembre prochain, la Ryder Cup drainera un milliard de téléspectateurs dans 200 pays, et 240 000 visiteurs au Golf national de Saint-Quentin-en-Yvelines. Soit un quart de milliard d'euros de retombées pour l'Ile-de-France. Pour les acteurs d'une filière qui pèse 1,5 milliard d'euros et 13 000 emplois, le troisième événement sportif mondial doit enraciner sa pratique et accélérer son développement dans l'Hexagone, sans le révolutionner.

 

Hormis quelques parcours somptueux, la France n'a rien d'une grande puissance du golf : un peu plus de 400 000 licenciés contre 27 millions de joueurs aux Etats-Unis et 15 millions au Japon. « Il faut relativiser, tempère Marc Assous. L'assurance obligatoire dissuade nombre de pratiquants de prendre une licence à la Fédération française de golf. » L'organisateur du seul salon européen dédié à ce sport, qui a accueilli en mars près de 25 000 visiteurs à Paris, avance 600 000 adeptes réguliers. Quid de l'érosion des pratiquants depuis 2012 en raison de la crise économique (constatée aussi en Amérique et au Japon) ? Ceux qui ne retiennent que le « sac à moitié plein » se réjouissent des flux des moins de vingt-cinq ans et des femmes (respectivement 16 et 25 % des licences de la FFG), comme preuve du succès des réformes initiées depuis dix ans par la fédération, les clubs, les équipementiers et les écoles. Hervé Taieb, dirigeant du golf de Chaumont-en-Vexin, estime que le coût de la pratique a bien baissé : 1 200 eu-ros annuels contre 1 700 euros en 2007 : « Pour 200 euros, soit le prix d'un sac et d'une demi-série de six ou sept clubs, un débutant peut s'y mettre. »

 

La filière a tiré les leçons de son expansion-démocratisation débridée des années 1980. « A l'époque, les projets de parcours pullulaient, portés par des banques. Beaucoup étaient surdimensionnés et loin de leurs bassins d'adeptes », se souvient Christophe Fouquet, responsable du golf-hôtel de Mont-Griffon, en Ile-de-France. Résultat : plus de la moitié changeront de mains au moins une fois jusqu'en 2007.

 

Néanmoins, le secteur peut se targuer d'un bel exploit : conformément à la promesse faite aux organisateurs de la Ryder Cup, une centaine de golfs ont éclos, portant le total à 735 en 2017. Compacts (9 trous au lieu de 18 pour la plupart), en périphérie, ils battent en brèche le cliché du sport chronophage. « On peut y consacrer deux heures au lieu de quatre, voire plus, sur un terrain classique », avance Manuel Biota, dirigeant de Blue Green (filiale de Saur), numéro un français de l'exploitation des golfs avec 50 clubs sous son pavillon et 60 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2017. De même, le temps du chacun pour soi s'estompe. Instruits par l'exemple de Blue Green, Ugolf (groupe Duval) et consorts, certains indépendants comme Hervé Taieb et Christophe Fouquet se regroupent afin de peser sur leurs fournisseurs. Qui eux aussi s'unissent. Mieux, le concept du multiplexe fait école : hier dédié exclusivement à la petite balle blanche, il s'adjoint, comme chez Hervé Taieb, un club équestre et un concours hippique, le Royal Jump. Soit tout ce qui fait une hospitality digne de ce nom : piscine, boulodrome, tennis, hôtel, salles de réunion… A Rueil, Blue Green repousse les limites de l'audace avec un mini-golf ultra-qualitatif et un fairway truffé de technologie. « L'avenir est au sport expérience, à ce qui procure le maximum de sensations au public le plus large », avance Manuel Biota.

 

En dépit de toutes ces initiatives, un marché potentiel de deux millions de joueurs relève de l'utopie. Quand cette perspective n'est pas redoutée. Anciens et modernes s'accordent sur la nécessité de faire évoluer leur jeu. Les premiers ne jurent que par l'élégance et l'éthique. Les seconds fustigent l'élitisme, l'entre-soi qui lui colle à la peau. « D'accord pour libéraliser, mais il n'est pas question de dériver vers le débraillé, les excès et l'agressivité du tennis », prévient Marc Assous. D'où l'échec du street golf, ces parcours dans les rues avec des balles en mousse, jugés trop urbains. Et l'inertie pour simplifier les règles byzantines, voire ésotériques, des compétitions, qui inhibent les grandes chaînes de télévision françaises. Mais un écueil plus sournois pourrait faire bouger les lignes : le stress hydrique. Tandis qu'agriculteurs, industriels et municipalités se débattent avec une ressource plus rare et plus chère, certains écologistes pointent un doigt accusateur vers ces édens verts qui engloutissent 25 000 litres d'eau par trou chaque année...

 

LE VIRUS DES FUSIONS

Si Adidas et Nike se sont désengagés du golf en 2016, sans toutefois l'abandonner, d'autres acteurs regroupent leurs forces afin d'exister face à l'américain Callaway (872 millions de dollars de chiffre d'affaires en 2016). Piguy Sport et Golf Challenge se sont ainsi unis l'automne dernier. Avec sa filiale Duchell, Piguy Golf Challenge devient le premier distributeur européen d'équipements, avec des facturations de 15 millions d'euros en 2017. Il compte les hisser à 22 millions en 2022 et surtout peser davantage auprès des sous-traitants asiatiques.

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES