Tensions
Fermeté vis-à-vis des syndicats sur la réforme ferroviaire, décision de supprimer l'exit tax : les messages de l'exécutif se succèdent dans un curieux timing. Autant d'ingrédients qui contribuent à énerver les extrêmes. Pour LR, mais aussi pour les milieux d'affaires, le vrai test du tournant majeur en France reste la réduction des dépenses publiques, jusqu'ici passée au second plan. Et le pouvoir va devoir bientôt annoncer à la fois des mesures budgétivores en faveur des quartiers et les perspectives d'une reconfiguration de l'Etat à l'issue des travaux de CAP2022. Une quadrature du cercle dont s'alarment des candidats à la présidence du Medef. Ils redoutent qu'un possible infléchissement de la croissance n'entraîne à terme un relèvement des taxes en tout genre.
Concernant le dispositif gouvernemental, des tendances se confirment. L'exécutif accuse un manque d'incarnation sur la sécurité et le régalien, comme en témoignent les perceptions sévères sur la gestion des incidents du 1er mai à Paris aussi bien de la classe politique qu'en interne, Place Beauvau. Chez les forces de l'ordre, comme à différents niveaux de la hiérarchie, on ne partage pas toujours les choix stratégiques qui créent un sentiment d'impuissance publique. Le débat resterait vif, quoique très discret, entre les ministres qui préféreraient la manière forte (dans les manifs comme à NDDL) et les autres. Autre tendance : l'effet de contraste s'accroît entre les ministres qui se bonifient, tels Frédérique Vidal, Marlène Schiappa et Sébastien Lecornu (ce dernier aux côtés d' Emmanuel Macron en Australie et en Nouvelle-Calédonie), et ceux qui peinent à sortir de l'anonymat.
Sur la scène internationale, si on enregistre des événements positifs (dialogue entre les deux Corées, fin de l'ETA), la situation reste confuse dans beaucoup de zones. Au Royaume-Uni, le feuilleton du Brexit a des conséquences de plus en plus visibles sur le visage de Londres. Les grands magasins, tel Harrods, pâtissent de la chute de la clientèle chinoise et de celle du Golfe. Dans ce dernier cas, les tensions entre notamment le Qatar et l'Arabie saoudite freinent les sorties à l'étranger. A Rome, face à l'imbroglio politique, d'aucuns évoquent une possible alliance entre Silvio Berlusconi et Matteo Renzi. Le premier est à la recherche d'un dauphin et le second veut sortir du Parti démocrate, qui, selon lui, est entré dans une crise existentielle et structurelle qui ronge tous les partis sociaux-démocrates de l'UE.
Les statistiques sur l'évolution de l'inf lation dans l'Eurozone ont provoqué une douche froide à l'Eurotower. Les gouverneurs ont échangé des coups de fil fébriles car personne n'avait anticipé des chiffres si faibles. Ils pourraient s'orienter vers un surcroît de prudence. Par ailleurs, l'Eurotower concentre désormais son analyse sur la structure de la courbe des taux et n'exclut plus un aplatissement, phénomène qui s'est déjà manifesté sur le marché américain et anglais. De son côté, Jerome Powell a commencé sa révolution silencieuse à la Fed. Il a commencé par désacraliser l'inflation, et le prochain mouvement sur son échiquier sera de donner moins d'importance aux « dots », les prévisions personnelles des différents participants au FOMC. Il veut opter pour un pragmatisme très réaliste.