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Tendance / 16/04/2018

Vocations

Avec ses deux interventions à la télévision, Emmanuel Macron veut installer l'opinion dans l'après-réforme de la SNCF comme si la loi était déjà votée, après avoir intégré des adaptations pour ramener dans le jeu la CFDT. Idem, à coups de com', pour la reconquête de la ZAD de NDDL et de certaines universités « bloquées », avec un saisissant effet de contraste par rapport aux longues luttes du Larzac ou de Mai 68. Et l'exécutif est prêt à lancer dans le débat public d'autres sujets de transformation du pays, comme les mesures en faveur des quartiers que devrait annoncer Jean-Louis Borloo, les propositions de la commission 2022 sur le nouveau périmètre de l'Etat ou encore l'éventuelle deuxième journée de solidarité proposée par Agnès Buzyn pour financer la dépendance. Le communicant Harold Hauzy, ex-conseiller de Manuel Valls, situe l'enjeu pour le chef de l'Etat : « Son nom est associé à deux images : le président des riches et celui qui fait ce qu'il dit. S'il parvient à imposer la seconde, il sera réélu en 2022! »

L'offensive de communication du président révèle son côté caméléon, à l'aise devant des auditoires successifs dont il adopte les codes sans heurter trop violemment les autres. S'exprimant devant les évêques, Macron en a sans doute fait plus vis-à-vis des catholiques que s'il s'était contenté du traditionnel voyage post-présidentielle à Rome (qu'il n'a d'ailleurs toujours pas effectué). Les critiques pointent le risque communautariste : après le dîner du Crif et le discours aux Bernardins, il pourrait demain s'exprimer devant les structures représentatives de l'islam et des obédiences maçonniques, certaines parmi ces dernières s'apprêtant d'ailleurs à l'inviter. Un Tour des croyances et non-croyances au nom de la concorde ! La disruption macronienne devant les prélats contenait aussi un message revigorant, consistant à flatter l'engagement des catholiques : message de séduction en direction d'un électorat conservateur pour le détourner du FN et aussi appel aux vocations dans une tradition catholique à la Jacques Delors, ouverte sur la société et de centre-gauche.

Pendant ce temps, le dégagisme reste tendance dans les médias. Sans compter que le processus de sélection pour la présidence de l'AFP a montré ses limites. Le seuil requis pour l'élection – 13 voix sur 18 – paraît élevé d'autant que les trois représentants du personnel s'abstiennent par principe. Et semble ubuesque la saisine, en cas de blocage, d'un conseil supérieur mal identifié, pour proposer alors deux nouveaux candidats avec risque d'intervention de l'Etat. D'autres nominations sensibles se profilent dans le monde économique. Pour la succession d'ici à la fin de l'année de Tom Enders à la direction d'Airbus, Patrice Caine, patron de Thales, s'active, face notamment au candidat interne, Guillaume Faury. L'Elysée le pense capable de remettre de l'ordre dans le domaine des satellites, où TAS et Airbus se livrent à une guerre sans merci pour les grands contrats internationaux. Il aurait pour mission de proposer un rapprochement des deux entités. Il est appuyé par Denis Ranque, un de ses prédécesseurs chez Thales, et par des membres influents du board d'Airbus. Autre succession scrutée : celle de Guillaume Pepy à la SNCF. Face à la pénurie de prétendants à ce poste, certains y verraient bien un profil comme celui d'Augustin de Romanet, une fois passée l'ouverture du capital de Groupe ADP.

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23/09/2023