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TERRITOIRES / 03/07/2017

Afrique : quel modèle agricole ?

International. Face au doublement prévu d’ici à 2050 de sa population, qui atteindra deux milliards d’habitants, l’Afrique doit donner du travail aux 15 millions de jeunes qui arriveront chaque année sur le marché du travail. Et si la solution venait de la filière agricole?



«L'agriculture, c'est cool ! » La formule relèverait presque de l'incantation, mais c'est pourtant l'une des priorités de la Banque africaine de développement (BAD) : susciter l'intérêt de la jeunesse africaine pour ce secteur clé de l'économie africaine qui emploie 61 % de la population et pèse 35 % du PIB du continent. Mais, aujourd'hui, la productivité et la création de valeur ajoutée sont en berne et le secteur est incapable de créer de l'emploi. Or, il y a urgence, car d'ici dix à vingt ans, le monde rural représentera 40 % de la population.

 

Actuellement, sur les 420 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans, un tiers est au chômage, un tiers est employé de façon vulnérable et un jeune sur six seulement occupe un emploi salarié.

 

Comment développer une agriculture plus productive , qui puisse nourrir sa population, créer de l'emploi tout en limitant son impact sur l'environnement ? « Nous devons agir vite et impliquer les jeunes, qui sont créatifs, dans le développement du secteur agricole », martelait John Dramani Mahama, ex-président du Ghana lors des assemblées de la BAD en Inde en mai dernier. A l'horizon 2025, la banque s'est fixé comme objectif de créer 1,5 million d'emplois et 300 000 entreprises. Pour soutenir les projets agricoles initiés par des jeunes, l'institution a notamment débloqué 1 milliard de dollars au Cameroun, au Soudan et au Nigeria. Elle a également lancé le concours AgriPitch pour soutenir les jeunes « agripreneurs ». Le premier prix a été attribué à un Ghanéen de 24 ans, qui, en 2012, a fondé une société spécialisée dans l'huile de palme. De la production jusqu'à la transformation en produits à forte valeur ajoutée comme des gâteaux ou des cosmétiques.

 

Un peu partout sur le continent, des initiatives essaiment. C'est le cas en Ethiopie où l'économiste Eleni Gabre-Madhin a lancé blueMoon, une pépinière destinée aux entreprises innovantes de l'agribusiness. Depuis décembre, une soixante de projets a été passée au crible et une dizaine a été retenue pour participer au premier programme d'incubateur d'une période de quatre ans. Les entreprises bénéficient d'un accompagnement avec un premier investissement pourvu par l'initiatrice du projet. L'accès aux financements est l'un des freins majeurs : moins de 3 % du total des prêts bancaires vont au secteur agricole. « Les PME agricoles ont besoin des produits financiers avec des fonds de garantie », explique Jean-Michel Debrat, DG de la Fondation AfricaFrance. Pour répondre à ce besoin, les deux Kényanes Rita Kimani et Peris Bosire ont fondé Farm-Drive en 2014 pour établir le lien entre petits agriculteurs et institutions financières. FarmDrive est un logiciel qui permet de collecter des informations sur les agriculteurs, de leur dresser un profil de crédit et de les mettre ensuite en relation avec les institutions de prêt. « Plus de 3 000 agriculteurs se sont déjà inscrits et environ 400 se sont vu attribuer un crédit, explique Rita Kimani. Notre objectif est d'atteindre 100000 agriculteurs. »

 

Autre élément clé, la formation. « Il y a un grave retard de scolarisation et il n'existe aucune formation professionnelle, pointe Jean-Michel Debrat. Former les jeunes est une nécessité. » En mettant l'accent sur les femmes. « 70 % de l'agriculture vivrière repose sur elles », rappelle le directeur de la Fondation AfricaFrance. En Ouganda, KadAfrica, entreprise de transformation du fruit de la Passion, aide les jeunes filles de 14 à 20 ans déscolarisées et propose un programme de six mois qui porte sur des formations pratiques. La formation des jeunes en zone rurale est aussi l'un des piliers de l'action de l'Agence française de développement, qui, avec le gouvernement camerounais, développe des programmes s'adressant aux jeunes voulant devenir agriculteur, aux paysans en activité, mais également aux jeunes diplômés du secondaire. Les formations visent aussi d'autres métiers. « Il est important de former les jeunes aux métiers annexes : la petite électricité ou la mécanique pour réparer les machines agricoles », explique Jean-Luc François, chef de la division agriculture à l'AFD. S'il y a une vraie conscience de la part des autorités des pays africains du potentiel de l'agriculture, reste à ne pas se tromper de modèle. « L'essentiel de l'agriculture repose sur des petites exploitations familiales, qu'il faut moderniser et appréhender comme des micro-entreprises qui seront capables de générer des revenus et de l'emploi, contrairement au modèle des grandes exploitations qui crée un salariat qui n'est pas la source de la productivité », rappelle Jean-Luc François.


NOUVELLES POUSSES AFRICAINES
De Farmerline, application développée au Ghana qui fournit des informations sur la météo ou les prix du marché, à iCow, plateforme développée au Kenya pour les producteurs de lait, en passant par Hover, qui utilise des drones pour cartographier les terres, l’AgTech se développe sur le continent africain, portée par une jeune génération d’entrepreneurs bien décidés à mettre la technologie au service des agriculteurs. « Les avancées en matière de technologie et d’innovation sont déterminantes pour l’avenir de l’agriculture », explique Frans Weilbach, qui a mené l’enquête Africa Agribusiness Insights Survey 2016 pour PwC Afrique.

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES