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TERRITOIRES / 28/11/2016

Mestrallet et Kocher à couteaux tirés

Engie, qui affronte la tourmente mondiale des marchés de l’énergie, apparaît plus affaibli que jamais. La guerre de succession qui avait semblé réglée, au printemps, avec l’arrivée d’Isabelle Kocher à la direction générale du géant du CAC 40, s’est rouverte.


L'information a fait l'effet d'une bombe. «Isabelle Kocher sur la sellette. Gérard Mestrallet envisagerait de remplacer sa directrice générale par Alexandre Bompard. » Une heure après sa publication par Wansquare, lundi dernier, le président du conseil d'administration du géant de l'énergie et sa dauphine, directrice générale depuis le printemps dernier, tenaient une « réunion ad hoc », en présence de leurs communicants, internes et externes. Les « éléments de langage » ont été rapidement mis en place : « C'est complètement fantaisiste. Gérard Mestrallet ne connaît pas Alexandre Bompard. Et, de toute façon, il s'entend très bien avec Isabelle Kocher. » « Il dément totalement et demande des rectificatifs, faute de quoi il portera plainte », ajoute-t-on.
 

Sauf qu'en interne si rares sont ceux qui croient au scénario Bompard, en revanche, personne ou presque ne tombe de sa chaise. Depuis mi-octobre, les couloirs bruissent. « On va dans le mur. Le cours de Bourse poursuit sa chute, personne ne comprend le projet d'Isabelle. Elle ne peut pas rester. » L'entourage proche du fondateur et ex-PDG d'Engie est plus précis. « Gérard n'en peut plus. Il faut qu'elle parte. » Ce ne serait pas la première fois que Gérard Mestrallet ten-terait de se débarrasser de son numéro deux et successeur désigné. Mais la dernière fois, Jean-François Cirelli, ex-patron de Gaz de France, lui avait été imposé par l'Etat lors de la fusion entre Suez et GDF. Dans le cas présent, c'est lui qui a choisi Isabelle Kocher pour lui succéder et, accessoirement, faire barrage à celui qui l'avait secondé pendant six ans. D'ailleurs, l'ex-PDG s'est même proposé de rester deux ans de plus à la tête du conseil, jusqu'au printemps 2018, afin d'accompagner « sa » candidate dans son parcours vers le sommet d'un des champions internationaux du CAC 40.

 

Pourquoi ce revirement ? Peut-être parce qu'Isabelle Kocher, intronisée dauphine en octobre 2014, s'impatiente de cette tutelle interminable. Message qu'elle glisse depuis cet été à l'Elysée ou lors de ses rencontres avec les principaux candidats de la droite. Peut-être aussi parce qu'elle veut redonner à Engie son périmètre d'origine, en augmentant la participation du groupe dans sa filiale, l'ex-Suez Environnement. Projet qui contrarie beaucoup Gérard Mestrallet, qui avait pourtant bâti, à partir de la holding financière Suez, un géant bipède mondial de l'énergie et de l'environnement. Cette visée fâche évidemment aussi Jean-Louis Chaussade, patron de l'ex-Suez Environnement, agacé de longue date par « la punaise », selon le surnom prêté à celle qui était alors sa directrice générale déléguée. Promue en 2007 à ses côtés, elle avait pris très vite la tête de la Lyonnaise des eaux, la principale filiale du groupe.

 

Mais, surtout, il y a péril en la demeure. Engie, au cœur de la tourmente qui secoue le secteur mondial de l'énergie, tangue. Le titre a fondu de 30 % en Bourse depuis janvier quand le CAC n'a dévissé que de 2,5 %. Le marché n'y croit plus. Après la publication des résultats du 3e trimestre, l'action a plongé de 7,6 % dans la matinée du 10 novembre, touchant un plus bas historique. Le vaste projet de transformation de cet acteur du gaz et du nucléaire en un spécialiste des énergies renouvelables semble très ambitieux. Si 15 milliards d'actifs vont encore être cédés (cf. La Lettre de L'Expansion du 8 février), les futurs priorités d'investissements restent f loues. D'ailleurs, des banquiers commencent à phosphorer. Et à faire circuler des plans de vente à la découpe du géant.

 

Pour ne rien arranger, une grogne sociale monte à mesure que les plans de suppressions de postes s'égrènent. La CGT appelle le 13 décembre à une action nationale. Des rassemblements sont prévus devant le siège à la Défense et dans les régions. Le DRH, récemment recruté au Crédit agricole, s'étrangle en pleine séance de comité de groupe devant la bande dessinée publiée par la CGT, qui prétend que 10000 emplois vont être supprimés. Au même moment, Gérard Mestrallet apparaît soucieux d'apaiser ces tensions et ouvre sa porte aux syndicats.

 

Enfin, Isabelle Kocher apparaît bien fragilisée en interne. Elle a remplacé très vite la moitié du comex par des recrues qui ne font pas l'unanimité. L'ascension éclair de Thierry Lepercq, cofondateur de la PME Solaire Direct, rachetée par Engie en 2015, cristallise les ressentiments. Et la marche vers la numérisation, menée par le nouveau chief digital officer, Yves Le Gélard, ne parle pas à tout le monde. Le tout sous l'œil de Pierre Mon-gin, secrétaire général nommé par Gérard Mestrallet, qui se rêverait bien en joker.



ALEXANDRE BOMPARD, L’ÉTERNEL CANDIDAT?
A peine Darty acheté, au terme d’une bataille qui l’a poussé à ouvrir grand son porte-monnaie, le patron de la Fnac serait déjà partant? Personne n’y croit. D’autant qu’il détient plus de 4 millions d’euros de titres Fnac, cessibles à partir de fin 2017. Pourtant, ce serait Alain Minc qui le dit au Tout-Paris. L’ex-conseiller du CAC 40 avait soutenu, en vain, ce poulain, contre Rémy Pflimlin, pour France Télévisions. Et récemment, son nom a circulé pour succéder à Georges Plassat chez Carrefour.

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES