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TERRITOIRES / 21/11/2016

Sécurité : les élus se réorganisent

L'été dernier, le maintien ou l'annulation d'un festival a rarement été le fruit d'une vraie concertation. Les maires ont plutôt dû répondre aux injonctions de l'Etat, sous couvert des préfets départementaux, dont le message se résumait souvent à une formule lapidaire : « A vos risques et périls... » Cette posture a entraîné une disparité certaine pour décider du sort des manifestations. A l'heure des bilans, le Forum français pour la sécurité urbaine (FFSU, fondé en 1992) estime, en outre, que le renforcement de la protection des lieux de spectacles a entraîné des surcoûts avec, au final, des déficits de trésorerie inquiétants - quelque 150000 euros en moyenne, malgré le soutien d'un fonds d'urgence ministériel. Ce qui, à terme, peut compromettre la pérennité de ces initiatives culturelles.

 

D'autres effets de la menace terroriste ont été évoqués lors d'un récent séminaire sur « le phénomène urbain », organisé au palais du Luxembourg par le sénateur (PS) Jean-Pierre Sueur. L'architecte Paul Landauer a présenté l'évolution des préconisations en matière d'aménagement dans un contexte où certains intervenants, comme les sociétés de sécu-rité, gagnent en influence. Ce qui conduit à élaborer de plus en plus de projets dotés de systèmes de contrôle d'accès pour filtrer les usagers et cloisonner l'espace. Or, les élus mesurent mal les conséquences de tels ajustements. C'est le cas aujourd'hui concernant l'agencement des gares du Grand Paris express. Deux thèses s'affrontent au sujet des com-merces à y installer : seront-ils un facteur aggravant ou réducteur du risque ?

 

La politique de la ville est également directement touchée. Chacun des 435 contrats de ville en cours de réalisation devra être complété par un plan de prévention de la radicalisation, qui devient un nouvel axe transversal majeur d'action. Cette action participe du plan gouvernemental antiterroriste de 80 mesures présenté, en mai, par Manuel Valls. Comme en 2015, lorsque les premiers dispositifs antiradicalisation ont été mis en œuvre, les autorités ont confié aux préfectures la conduite des opérations. Et les 317 délégués préfectoraux intervenant dans les quartiers concernés, tous sensibilisés en urgence, ont reçu pour mission d'adapter les contrats d'ici à la fin 2016. « Les mairies auraient été mieux adaptées pour prendre en charge le signalement initial d'individus à risque et oiga-niser la prévention, car elles sont les plus proches de la vie locale », commente Pierre Conesa, ancien haut fonctionnaire de la Défense, qui compte parmi les premiers intervenants mobilisés.

 

Devant les préfets et les procureurs réunis le 7 novembre, Bernard Caze-neuve a finalement promis de renforcer, « dans un esprit de coordination et de complémentarité », la place des collectivités locales dans ces actions. Une cellule nationale d'appui à l'intervention des préfets, des collectivités et des réseaux associatifs est constituée à cet effet auprès du secrétariat général du Comité interministériel de prévention de la délin-quance et de la radicalisation (CÏPDR), dirigé depuis août par Muriel Domenach. Les collectivités territoriales devraient donc retrouver des marges de manœuvre. Dans l'esprit du ministre de l'Intérieur, elles seront toutefois conviées « à rester dans leur rôle ». Les premières Rencontres nationales de la prévention de la radicalisation du 24 octobre l'ont bien montré : « Ce jour-là, c'était un peu "l'Etat parle aux collectivités et à leurs représentants" », affirment plusieurs participants. Même si les structures du ministère ont elles aussi montré leurs limites dans un contexte de crise de sécurité nationale...

 

Le président du FFSU, Roger Vicot, en conclut que « l'irruption de la menace terroriste change la donne en matière de sûreté urbaine ». Et le maire de Lomme (Nord) de proposer, tout en exhortant à conserver le socle protecteur de l'Etat de droit : « Il faut revoir l'organisation des dispositifs locaux de sécurité en nous efforçant de retrouver, avec les administrations partenaires, l'approche globale et homogène qui a caractérisé notre engagement il y a trente ans. Même si les élus n'ont pas accès aux renseignements classifiés des services spécialisés pour aborder certains sujets... » Sans attendre l'appui des associations d'élus, un appel a été lancé par le comité exécutif du FFSU où siègent, entre autres, Marik Fetouh et Alexandra Siarri, adjoints au maire de Bordeaux. Ce rendez-vous, jugé inévitable, aura à l'évidence heu après les scrutins nationaux de 2017, quel que soit le vainqueur de la présidentielle.!


SE FORMER EN PRIORITÉ
Le Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT) vient de lancer un cycle de formation sur la radicalisation pour répondre aux besoins des collectivités locales. L’offre est destinée aux élus et aux personnels soucieux de mieux appréhender les « zones à risque » de leurs territoires. L’objectif est d’aider à mieux repérer les mécanismes qui conduisent des individus à basculer dans la violence djihadiste. Un colloque du CNFPT réunira, à la mi-décembre à Angers, sous la houlette de Marion Leroux, des intervenants municipaux déjà actifs dans ce domaine.
 

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES