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TERRITOIRES / 13/05/2016

Israël se met à l'heure chinoise

Les Chinois ont découvert une nouvelle terre promise : Israël, où ils se livrent à des achats tous azimuts. Cette année, leurs investissements devraient, selon le patronat israélien, tutoyer les 3 milliards de dollars, un record absolu.

 

Parmi les plus gros contrats figurent près de 2 milliards de dollars pour les premières lignes de tramway à Tel-Aviv, et 1 milliard pour le port d'Ashdod, tandis qu'une compagnie chinoise va gérer le nouveau port d'Haïfa. Les Chinois vont construire une ligne ferroviaire à grande vitesse vers Eilat, sur la mer Rouge.

 

Dans le domaine privilégié de la haute technologie, qui intéresse au plus haut point les sociétés chinoises, cet engouement est tout aussi impressionnant, avec plus de 500 millions de dollars d'investissements prévus en 2016, soit près de 15 % du montant total. Au total, les groupes chinois ont misé sur 19 start-

 

up israéliennes pour 400 millions de dollars. Pour ce qui est de l'avenir, le géant de la technologie Kuang-Chi va créer un fonds pour l'innovation à Tel-Aviv, avec un capital de départ de 300 millions de dollars.

 

Cette frénésie s'est aussi fait sentir dans la cosmétique, avec la prise de contrôle par le conglo-mérat chinois Fosun International d'Ahava, une firme spécialisée dans les produits tirés de la mer Morte. Le coup d'envoi de cette ruée a été donné en 2011 avec le rachat de la compagnie Makhte-shim Agan, spécialisée dans la chimie, vendue à ChemChina, suivi dans la foulée par la reprise d'Alma Lasers, une entreprise spécialisée dans les traitements esthétiques et médicaux par la compagnie chinoise Bright Food.

 

En trois ans, pas moins de 30 sociétés chinoises ont investi dans 80 entreprises israéliennes. « C'est un chiffre très élevé pour un pays considéré comme un micromarché avec seulement 8 millions d'habitants alors que la Chine compte des dizaines de villes qui dépassent largement ce chiffre », commente un responsable du ministère de l'Economie. Signe des temps : la plupart des grandes firmes spécialisées dans le droit des affaires et le commerce international ont ouvert des départements spécialisés pour des clients chinois. Le ministère israélien du Tourisme va lancer une campagne de promotion auprès des agences de voyages chinoises pour attirer des visiteurs qui commencent à découvrir cette nouvelle destination « exotique ». « Nous espérons que le nombre annuel de touristes chinois dépassera le seuil des 100 000, soit un triplement en trois ans », explique Hagai Shagrir, du ministère israélien des Affaires étrangères.

 

Pour accompagner le mouvement, la compagnie privée chinoise du groupe HNA vient d'inaugurer la première liaison directe avec Israël. « Il n'y a rien d'étonnant à cette omniprésence de la Chine, qui se veut une puissance mondiale et se doit d'être présente aux endroits stratégiques », explique un diplomate israélien. Selon lui, les Chinois « admirent Israël car ils sont très impressionnés par la figure d'Albert Einstein, qui incarne pour eux l'intelligence qu'ils prêtent au peuple juif ». De plus, certaines opérations menées dans le passé se sont révélées particulièrement rentables. Un exemple : Li Ka-shing, le patron du groupe Hutchison Whampoa, a pris en 1999 une participation dans l'opérateur téléphonique israélien Partner. Dix ans après, il a cédé ses parts après avoir empoché un bénéfice de 2 milliards de dollars. Li Ka-shing a également eu du f lair en misant sur Waze, une application de trafic routier, leader mondial dans son domaine, ce qui lui a permis de gagner plusieurs centaines de millions de dollars lorsque l'entreprise a été cédée à Google.

 

Cet engouement est encouragé au plus niveau. Benyamin Netanyahou, qui considère l'Asie comme le marché de l'avenir et un substitut à la « Vieille Europe », a entamé des négociations pour conclure dans les prochains mois un traité de libre-échange avec la Chine. Les deux pays ont déjà fait un pas dans cette direction en concluant récemment un accord sur les visas d'entrée, sur le modèle de ceux conclus par Pékin avec les Etats-Unis et le Canada. Cette facilité permet à un homme d'affaires ou à un touriste de se rendre en Chine autant de fois qu'il le veut avec un visa valable pendant dix ans.

Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES