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L a majorité s'est fait des frayeurs avec cette motion de censure de la gauche frondeuse, dont la mise en orbite a échoué à deux petites voix ! L'événement a agacé le camp Hollande, qui redoute déjà des remakes lors de la lecture qui suivra la CMP sur la loi travail, ainsi qu'à l'automne pour les textes budgétaires. Sans totalement exclure des renforts de députés qui pourraient rejoindre la cohorte des rebelles, surtout si des désordres dans les rues devaient élargir la fracture entre les deux gauches. « Nous ne parvenons plus à nous entendre sur un travail honnête sur ce texte », se désole le majoritaire Razzy Hammadi. Tandis que l'ex-secrétaire d'Etat Thomas Thévenoud tente de rendre évidentes les raisons de son appui au projet de censure : « Rien ne va plus depuis plusieurs mois ! Il y a trop de textes qui bloquent dans l'opinion. Il faut donc redonner la voix aux parlementaires pour qu'ils décident ! »
L'Elysée veut croire que le débat fratricide sera oublié dans quelques mois et que beaucoup se retrouveront alors pour pilonner les programmes des candidats de la droite à la primaire. « Pour l'heure, les Français rouspètent sur quelque chose qu'ils ne comprennent pas et ne se projettent pas dans l'après-présidentielle », assure un proche du Château. Après ses visites sur le terrain, comme à Sablé-sur-Sarthe où François Fillon a noté que l'avion présidentiel avait survolé sa propriété et que sa visite avait été tenue secrète jusqu'à une poignée d'heures de son arrivée pour éviter des manifestations, le chef de l'Etat s'apprête à engager une séquence sur les ondes. La Matinale de Thomas Sotto sur Europe 1, l'émission La Fabrique de lÕHistoire sur France Culture à l'occasion du centenaire de la bataille de Verdun ou encore LÕÎil du Tigre sur France Inter juste avant le début de l'Euro 2016.
Emmanuel Macron, qui consulte beaucoup (il a des discussions régulières avec Nicolas Hulot), a du mal à « contrôler » face à la fébrilité du microcosme à son sujet et aux fantasmes sur son avenir. Des proches le pressent de se lancer, d'où la rumeur de sa candidature. En substance, ceux-là lui conseillent d'y aller afin de ne pas être cornérisé, quel que soit le gagnant en 2017. Avec ce double argument : si Hollande est réélu, Macron n'obtiendrait pas forcément Matignon car le président donnerait de nouveau des gages à la gauche en choisissant un autre profil et il resterait marginalisé au sein du PS. En cas de victoire du candidat de la droite, il n'obtiendrait pas davantage Matignon sans avoir de vraies perspectives au PS. Conclusion de ces conseillers : autant espérer réaliser un score de 15 à 20 % et faire fructifier ce capital dans l'opposition.
Pendant ce temps, Nicolas Sarkozy passe la vitesse supérieure. Ces derniers jours, il déjeune avec de jeunes élus d'exécutifs locaux, à Paris ou à Lyon. Objectif implicite : attribuer et tester des investitures aux législatives d'ici à la fin juin. En s'attachant ainsi des loyautés… et en « dézinguant » en particulier Alain Juppé. Il y moque le curieux discours de ce dernier demandant le soutien des Républicains tout en n'ayant de cesse de promettre de donner des investitures à l'UDI et au MoDem. Sur le terrain, la machine Sarko se remet en marche. Selon un dirigeant du parti, 70 % des parrainages (hors parlementaires et grands élus) qui arrivent à LR lui seraient favorables.