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E mmanuel Macron ne représente pas la gauche. Et François Hollande incarne l'échec de la gauche. » C'est avec ce constat qu'un économiste proche du PS assure que la France est à la veille d'une alternance politique. Un politologue de centre-gauche convient que, depuis un mois environ, il ne voit plus par quel « trou de souris » le Président pourrait revenir dans la course. A l'étranger, en dépit de certaines initiatives avantageuses (Cop21, prochain sommet sur le Moyen-Orient à Paris), des pays amis misent sur l'alternance en France. Le pouvoir algérien, qui a fait le minimum lors de la récente visite de Manuel Valls, se dit en privé très déçu des socialistes français et pointe l'influence du Maroc sur Paris, tant sur la question du Sahara espagnol que sur l'éventuelle coalition entre Rabat et Le Caire pour frapper les islamistes en Libye. Les Algériens regardent désormais du côté d'Alain Juppé, voire de Bruno Le Maire. En Afrique, plusieurs chefs d'Etat misent, eux aussi, sur un changement. Les motifs de déception sont nombreux : la perte par le continent africain du poste de Secrétaire général de l'OIF, certains jugements de Paris sur la soutenabilité démocratique de régimes locaux ou encore l'échec aux élections dans plusieurs pays africains de candidats d'obédience sociale-démocrate.
La double émergence d'Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon gêne, en tout cas, d'autres candidatures potentielles à la présidentielle, venues de la gauche ou de la société civile, qui pensaient sortir du bois plus tard. Arnaud Montebourg pourrait pâtir de ce que Macron a préempté le thème de la modernité et du renouvellement. D'autant que la floraison de candidatures qui se positionnent au-delà du clivage droite-gauche (Rama Yade, Jean Lassalle, NKM…) alimente le terreau d'une possible candidature Macron en rupture avec les appareils politiques. La question des tandems, à l'instar de celui formé par Nicolas Sarkozy et François Baroin, va se poser pour d'autres candidats comme Bruno Le Maire. « Quel Premier ministre pourrait choisir Bruno Le Maire élu président ? » s'interrogent déjà des proches de ses rivaux.
Dans les ministères, on se demande comment l'exécutif utilisera l'année à venir pour acter des décisions et ne pas se contenter de mettre en œuvre des programmes déjà enclenchés. Le chantier de la réforme de l'Etat bénéficie, en tout cas, de la méthode nouvelle de Jean-Vincent Placé qui est allé voir les services et qui souhaite s'appuyer sur les personnels, un message bien passé en interne. Mais de nombreux dossiers sont ralentis, victimes du turnover que connaissent les cabinets ministériels. Beaucoup de conseillers se recasent, tandis que les ministres peinent à attirer des remplaçants pour les derniers mois du quinquennat. Sur le front économique, les experts estiment que l'exécutif n'obtiendra pas des indicateurs significatifs de redressement, notamment sur l'emploi. Les périodes de juillet et de septembre, où beaucoup de jeunes arrivent sur le marché du travail, devraient être périlleuses. D'autres soulignent que les efforts en matière de réduction du déficit pourraient être stoppés par la politique du chéquier préélectorale. Dans l'immédiat, l'issue des débats sur la loi Travail, qu'elle signe un sursaut du dialogue entre partenaires sociaux ou un échec, donnera le ton aux futurs débats de la campagne électorale. Pour sa part, Bruno Le Maire a annoncé la couleur en affirmant vouloir réformer « sans négociation avec les syndicats. »