Paris : la bataille du bio fait rage
T outes les enseignes ferraillent à Paris pour capter la croissance du marché bio. La maison fondée par Thierr y Chouraqui, Bio C'Bon, a fait de la capitale son fief. Elle y exploite 24 de ses 55 magasins. Depuis 2008, date de sa création, elle y décroche les meilleurs emplacements pour séduire les bobos parisiens, à Pigalle et dans le Marais. Au grand dam de ses concurrents historiques. « Le développement de Bio C'Bon est agressif, comme celui de Naturalia (filiale de Monoprix) », regrette Gilles Piquet-Pellorce, DG de la coopérative Biocoop fondée il y a 40 ans pour soutenir la filière.
En 2015, l'affrontement vire à la querelle entre les anciens et les nouveaux. D'un côté figurent les tenants du militantisme. « Biocoop est un projet politique avant d'être une entreprise », rappelle Gilles Piquet-Pellorce. De l'autre, les nouveaux venus, « les opportunistes du bio », raille un concurrent. Bio C'Bon est montré du doigt. « Ils sont dans le bio comme ils auraient pu être dans la vente de pneus. Cela n'a pas de sens », juge un épicier chic du Marais. L'enseigne est détenue par Marne et Finance, fonds d'investissement spécialisé dans les niches fiscales de l'immobilier commercial. La culture que Monoprix imprime à Naturalia, rachetée en 2008, fait aussi grincer des dents. L'esprit soixante-huitard de ses débuts n'est plus. Son DG, Alain Carini, vient de claquer la porte pour rejoindre Biocoop au poste de directeur logistique. En 2015, l'affrontement pourrait tourner à l'aigre. Car Bio C'Bon veut doubler son réseau de vente. Elle espère aligner une centaine de magasins pour la fin de l'année. Biocoop (357 adresses pour un chiffre d'affaires de 657 millions d'euros en 2014) annonce, lui, vouloir faire croître de 10 % son réseau francilien en recrutant de nouveaux sociétaires. A Paris, l'enseigne n'en exploite que 12. « Ce n'est pas assez. A terme, nous pourrions en avoir une trentaine », juge Gilles Piquet-Pellorce. Biocoop jure en avoir les moyens financiers et humains. A la tête de 24 millions d'euros de fonds propres, la coopérative s'est structurée pour pouvoir financer des droits au bail. Elle espère ainsi décrocher les emplacements que, par le passé, ses concurrents lui ont chipés dans Paris.
La rapidité d'exécution s'impose pour prendre des parts de marché. « Le bio est devenu un marché mûr », explique Gilles Piquet-Pellorce. En 2014, les ventes devraient avoir atteint 5 milliards d'euros, selon les estimations de l'Agence bio. La croissance du marché devrait s'établir à 10 %. Six Français sur dix consomment des produits bio régulièrement, contre 49 % en 2013. Dès lors, dans la capitale, comme ailleurs, la concurrence est plus vive. Les prix ont tendance à baisser. Les marges d'exploitation s'en ressentent. L'année 2015 devrait en outre être celle du lancement de nouveaux concepts. La plupart relèvent de la veine « bons produits naturels » assimilable au bio. Causse exploite ce filon depuis 2011, rue Notre-Dame-de-Lorette dans le IXe arrondissement. L'enseigne d'Alexis Roux de Bézieux « s'exonère du tout bio, du tout local ou du tout-de-la-saison » pour « être un magasin d'alimentation générale de qualité ». Adossé à un restaurant, son premier site ne désemplit pas. Fromage à la coupe, pommes à deux euros le kilo et épices grecques cohabitent dans un joyeux désordre. Un deuxième Causse a ouvert rue Saint-Martin en septembre 2014. Un troisième ouvrira au Forum des Halles sous la canopée qu'Unibail doit livrer en décembre. « Entre bio et grande distribution, il y a un chemin médian », assure son fondateur, ex-consultant d'Arthur Andersen.
D'autres jeunes entrepreneurs misent aussi sur cette « alimentation de qualité », parfois avec des accents militants. Fabrice Sarfati a ainsi fondé Bien l'Epicerie. « Le label bio ne veut plus rien dire aujourd'hui », regrette cet ex-avocat d'affaires. Son enseigne relève du haut de gamme avec des produits gourmets, des cures détox et du pain sans gluten. Le concept a ouvert rue Saint-Gilles il y a un an, puis rue des Quatre-Fils en septembre. Les deux magasins font un tabac. « Rue Saint-Gilles, le point mort sera atteint en neuf mois, au lieu des treize prévus », jure Fabrice Sarfati. Un troisième sera inauguré en octobre dans le quartier de Passy-La Muette sur près de 400 m². D'ici là, le Marais aura aussi connu l'inauguration de la Maison Plisson. Ce magasin de 500 m² fondé par Delphine Plisson promet d'être un néomarché couvert dédié aux spécialités régionales. Signe que les plus argentés des Parisiens peuvent un peu échapper au diktat du groupe Casino et de Carrefour qui se partagent la distribution de masse dans Paris.