Niseko, station de ski qui monte
L orsqu'en 2003 Nicolas Gon-tard, un entrepreneur français installé à Hongkong, part skier à Niseko, c'est le coup de foudre. « Vous pouvez avoir de la neige jusqu'à la taille et continuer à glisser, c'est une neige légère, exceptionnelle. » Située sur l'île d'Hokkaido, la plus septentrionale de l'archipel japonais, Niseko est la deuxième station de ski la plus enneigée au monde avec 15 mètres de neige par an en moyenne. Un atout qui n'a pas échappé à Nicolas Gontard qui décide, en 2007, de racheter la pension de famille dans laquelle il avait l'habitude de séjourner et de la transformer en une boutique-hôtel de neuf chambres. Avec deux partenaires suédo-norvégiens, il crée le groupe Odin et développe différents projets immobiliers. Son objectif : construire des maisons pour de riches clients asiatiques. Il vient juste d'en vendre une à un client de Hongkong pour 5 millions de dollars.
Avec plus de 500 stations réparties sur l'ensemble de l'archipel, le Japon est le pays qui compte le plus de stations de ski au monde. Après un engouement dans les années 1970-1980, la crise des années 1990 a marqué un coup d'arrêt aux projets de développement des stations et les Japonais ont commencé à se désintéresser du ski. Ce n'est qu'au début des années 2000 que Niseko s'est réveillée, sous l'impulsion d'investisseurs australiens séduits par la qualité de la neige et par le prix des terrains, encore abordable. C'est à Hirafu, l'un des quatre villages composant la station, que les Australiens ont commencé à investir. L'offre hôtelière se limite alors à quelques pensions de famille et les infrastructures sont vieillissantes. L'environnement s'y développera principalement autour de la construction d'appartements.
Après un autre ralentissement lié à la crise de 2008 puis à la catastrophe de Fukushima, les prix s'envolent de nouveau pour atteindre aujourd'hui 8500 dollars le mètre carré. « Il y a désormais une volonté de créer une station sur les modèles européens et américains », explique Greg Hough, de l'office de tourisme de Niseko. Et c'est côté luxe que se positionne Niseko. Un choix qui répond aux attentes d'une clientèle asiatique fortunée en quête de nouveaux hobbies. Car si les Australiens restent les premiers à y venir skier, les riches familles hongkongaises, singapouriennes et malaisiennes sont de plus en plus nombreuses. « Pour elles, la proximité et l'absence de décalage horaire font du Japon une destination de choix », explique Nicolas Gontard.
A l'image de la clientèle, les investisseurs sont principalement asiatiques. A Hirafu, le village le plus important de Niseko, se multiplient restaurants, bars et boutiques. Nicolas Gontard y a développé ses projets immobiliers et ouvert un restaurant qui joue la carte de l'authenticité et des produits locaux. Il compte également ouvrir, en décembre 2016, un centre commercial de 1000 m2 . Les investisseurs sont également australiens ou malaisiens, comme Low Yat Group qui a ouvert une résidence de luxe. Les magnats de l'immobilier singapourien Christina Ong et Ong Beng Seng devraient y ouvrir prochainement un hôtel. Plus au nord, sur Hanazono, c'est Richard Li, fils du tycoon Li Ka-shing, qui a acheté l'essentiel des terrains. A Annupuri, c'est une société de bus japonaise qui est propriétaire. A Higashiyama, le groupe malaisien YTL, en pleine crise financière de 2008, a racheté au groupe Citi, pour 60 millions de dollars, deux hôtels dont le Hilton et plus de 400 hectares de terrains. « A ce prix, ce n'était pas un risque très important, explique Mark Yeoh, directeur exécutif des hôtels YTL. Nous avons acheté en pensant à l'avenir. »
Le groupe YTL a construit huit villas et prévoit d'en bâtir plus d'une trentaine dans les années à venir. « Il s'agit de villas de trois chambres car les Asiatiques voyagent souvent en famille et ont besoin d'espace », note Mark Yeoh. YTL développe aussi un concept de village avec boutiques et restaurants, inauguré en décembre dernier. « Nous répondons aux attentes d'une clientèle asiatique, notamment pour les restaurants, ajoute-t-il. Progressivement, nous allons élargir notre offre pour satisfaire la clientèle occidentale qui commence à venir à Niseko. »
Face à cet engouement, y a-t-il un risque de voir une bulle se créer ? « Il manque des infrastructures et des logements en haute saison », pointe Nicolas Gontard. « Le ski est un phénomène en plein essor en Asie, il y a donc de la place pour le développement de projets immobiliers à Niseko », conclut Mark Yeoh. Dans le sillage de Niseko, les investisseurs regardent aussi du côté d'autres stations comme Hakuba, ou de stations moins connues telle Kiroro qui a été rachetée en 2012 par un investisseur thaïlandais.