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TERRITOIRES / 29/09/2014

Brésil : les appuis des candidates

D evant un parterre d'industriels, début septembre à Belo Horizonte, Dilma Rousseff, candidate à l'élection présidentielle, dont le premier tour aura lieu ce dimanche, a envisagé des « changements » dans son équipe et sa politique économique. « Une première depuis qu'elle a pris le pouvoir en 2010 », note Octavio Amorim Neto, professeur en sciences politiques à la Fondation Getúlio Vargas. L'actuelle présidente peine en effet à convaincre les milieux économiques qui lui reprochent une croissance en panne et une inflation en hausse.


Or, Dilma Rousseff, déjà affaiblie par l'énorme scandale de corruption de Petrobras, ne peut se passer d'aucun soutien dans cette bataille serrée face à sa coriace rivale, Marina Silva. La candidate surprise du Parti socialiste brésilien (PSB) a rapidement éclipsé l'autre poids lourd de cette compétition, Aécio Neves, leader du PSDB, la droite brésilienne.


Pour grappiller des votes, les deux candidates cherchent à consolider leurs soutiens. Dilma Rousseff peut compter sur son parti et sur la solidité de sa coalition gouvernementale. L'ex-président Luiz Inácio Lula da Silva est son plus solide appui et sa caution populaire. Elle a rappelé plusieurs membres de sa garde rapprochée, comme le conseiller politique João Santana, qui a déjà fait élire six présidents, dont Lula ou Chavez. Ses ministres de l'Education, de la Justice et du Développement ont aussi rejoint l'équipe. La présidente a déjà annoncé en revanche que son ministre de l'économie Guido Mantega, en poste depuis huit ans, ne ferait pas partie de son gouvernement si elle est réélue. « C'est un signal fort pour les patrons, car il est le symbole de cette politique économique menée par le PT, qu'ils rejettent », observe Octaviao Amorim Neto. Pour le remplacer circule le nom de Nelson Barbosa, ex-secrétaire exécutif du ministère.


La présidente a su conserver quelques soutiens dans le monde économique, malgré la déception face à la morne croissance de ces dernières années. C'est elle qui a récolté le plus de contributions financières de la part des entreprises dont le géant de l'agroalimentaire JBS Friboi, la banque BTG Pactual, et de grands constructeurs comme Andrade Gutierrez ou OAS.


De son côté, Marina Silva a peu d'alliés politiques mais est portée par sa popularité. Ex-ministre de l'Environnement sous Lula et déjà candidate en 2010 pour le Parti vert, la seule candidate noire de ces élections, d'origine modeste, fait de très bons scores dans les périphéries, notamment à São Paulo, où l'église évangélique, dont elle est une fidèle, est très implantée. Malgré son histoire avec le PT, dont elle a été membre pendant plus de vingt ans, elle cherche aussi à séduire de l'autre côté de l'échiquier, en adoptant une posture libérale sur le plan économique. Elle a dû composer avec le PSB, qu'elle a rallié au dernier moment faute d'avoir pu créer le sien. Classé au centre, le PSB prône des mesures qui lui attirent les faveurs des classes dirigeantes, comme l'autonomie de la banque centrale ou un rapprochement avec les Etats-Unis via des accords bilatéraux.


Marina Silva compte également dans son équipe des personnalités qui tranquillisent les milieux d'affaires. Parmi elles, l'économiste Eduardo Giannetti da Fonseca, son gourou économique depuis 2010, proche de certains patrons. Beto Albuquerque, député du PSB et colistier de Marina Silva, est de son côté proche du lobby de l'agrobusiness. On trouve aussi dans sa garde rapprochée Maria Alice Setúbal, fille du fondateur de la banque Itaú et généreuse donatrice.


Mais difficile de savoir qui composera le gouvernement de la candidate du PSB, petit parti qui n'a que très peu d'alliés. Elle dit qu'elle « gouvernera avec les meilleurs ». Eduardo Giannetti a même évoqué Lula et Fernando Henrique Cardoso, ex-président de droite, pour faire partie du même gouvernement. « Elle sera vulnérable, alerte le professeur en sciences politiques. D'autant qu'elle n'a pas d'appuis dans l'appareil syndical », fidèle au PT. Le leader du Mouvement des travailleurs sans terre a même promis des manifestations quotidiennes si Marina Silva accédait à la présidence.


Des doutes sur la capacité de Marina Silva à gouverner, ainsi que son ambiguïté sur certains sujets (mariage gay), ont permis à Dilma Rousseff de remonter légèrement dans les sondages. Certaines études la donnent gagnante. Mais les défis à relever pour redresser l'économie seront gigantesques.


Cette semaine, dans la rubrique TERRITOIRES